Du XVIᵉ siècle à nos jours : le christianisme au Japon

Aujourd’hui, le christianisme ne concerne qu’une infime minorité de la population japonaise, estimée entre 1 et 2 % (1), selon les sources. Cette faible proportion peut surprendre au regard de l’ancienneté de sa présence dans l’archipel et de son expansion rapide à la fin du XVIᵉ siècle. Le Japon n’est pourtant pas un pays fermé à la spiritualité ou au religieux : bien au contraire, les pratiques shintō (神道) et bouddhiques structurent depuis des siècles le rapport au monde, aux ancêtres et à la nature.

Avant-propos

Dans le contexte japonais, le terme "christianisme" renvoie presque exclusivement au catholicisme jusqu’au milieu du XIXᵉ siècle. Les premières missions sont menées par des ordres catholiques — jésuites, franciscains et dominicains — et les communautés de Kirishitan (2), puis de Kakure kirishitan, relèvent de cette tradition.

Les premiers missionnaires protestants venus des États-Unis, dont les révérends Channing Moore Williams et John Liggins, de l'Église épiscopalienne des États-Unis, s’installent à Yokohama, au sud de Tōkyō, en 1859. Leur arrivée se fait malgré l'interdiction officielle du gouvernement japonais visant l’implantation de missions chrétiennes, interdiction qui reste en vigueur jusqu’en 1873. La même année, des missionnaires anglicans s’établissent également à Nagasaki. Dès 1846 toutefois, un missionnaire britannique avait déjà précédé ces initiatives en s’installant à Okinawa, avec des objectifs similaires d’évangélisation. En 2009, le site Reformes.ch indique que les chrétiens protestants forment alors une minorité religieuse de 0,48 % de la population totale, soit 600 000 croyants.

L’Église orthodoxe japonaise, elle, est introduite dans les années 1860 par le missionnaire russe Nikolaï Kasatkine, né Ivan Dmitrovich Kasatkin, futur Saint Nicolas de Japon. Elle se développe surtout dans le nord du Japon, notamment à Hokkaidō et dans la région de Tōhoku. Kasatkine traduit la liturgie en japonais et fonde les premières paroisses orthodoxes. À sa mort en 1912, il est même enterré au cimetière de Yanaka à Tōkyō, près de Ueno. Cette branche reste minoritaire, mais distincte, avec une tradition liturgique propre et des fidèles répartis sur plusieurs diocèses

L'histoire du christianisme au Japon
François Xavier

Le christianisme arrive officiellement au Japon en 1549 (3), lorsque le missionnaire jésuite François Xavier débarque à Kagoshima (鹿児島), dans l’île de Kyūshū (九州). Le pays est alors plongé dans la période Sengoku (戦国時代), marquée par les guerres entre seigneurs régionaux. Cette fragmentation politique facilite l’implantation de nouvelles idées. Les missionnaires jésuites adaptent rapidement leur stratégie. Ils apprennent le japonais, traduisent les concepts chrétiens et cherchent l’appui des Daimyō (大名).

Plusieurs seigneurs se convertissent alors, autant par conviction que par intérêt économique ou diplomatique, car le christianisme est lié au commerce portugais et à l’accès aux armes à feu.. Ainsi, Arima Harunobu (有馬晴信), Daimyō de Hinoe, accueille les missionnaires jésuites dans ses domaines et fonde le Séminaire de Kuchinotsu, premier séminaire catholique du Japon. Son soutien contribue à l’essor du christianisme à Kyūshū (九州). Ōmura Sumitada (大村純忠), seigneur de la région de Nagasaki, se convertit pour renforcer ses liens commerciaux avec les Portugais et obtient un soutien politique et logistique lié aux réseaux missionnaires. Quant à Konishi Yukinaga (小西行長), il participe aux invasions japonaises de Corée, en maintenant un lien fort avec la communauté chrétienne. Ces Daimyō, en protégeant et en favorisant le christianisme, permettent son implantation rapide, notamment dans le sud du Japon.

Oda Nobunaga

Le premier unificateur du Japon, Oda Nobunaga (織田信長), joue également un rôle décisif dans l’implantation initiale du christianisme au Japon. Arrivé au pouvoir dans la seconde moitié du XVIᵉ siècle, il voit dans les missionnaires jésuites et leurs liens avec les Portugais un atout stratégique. En protégeant les chrétiens et en leur permettant de construire des églises dans ses territoires, notamment à Nagasaki (長崎), alors sous l’autorité de Daimyō favorables aux missionnaires, qui devient le principal centre chrétien du Japon, Nobunaga favorise indirectement l’expansion de la foi catholique. Cette tolérance est avant tout pragmatique : elle sert ses objectifs militaires et commerciaux, en particulier l’accès aux armes à feu et au commerce maritime européen. Sous sa protection, le christianisme connaît un développement rapide dans certaines régions du Japon, jetant les bases de ce qui sera, quelques décennies plus tard, l’expansion et les persécutions qui marquent l’époque de Toyotomi Hideyoshi et du shogunat Tokugawa.

À la fin du XVIᵉ siècle, le nombre de fidèles atteint plusieurs centaines de milliers, peut-être jusqu’à 700 000 ou 800 000 personnes.

Chrétiens japonais en costume portugais, XVIe-XVIIe siècle

Néanmoins, sous Toyotomi Hideyoshi (豊臣秀吉), la politique à l’égard des chrétiens connaît un net tournant. Dans un premier temps, l'homme fort du Japon ne manifeste pas d’hostilité particulière envers les missionnaires. Comme Oda Nobunaga avant lui, il tolère leur présence, notamment parce qu’elle favorise le commerce avec les Portugais, essentiel pour l’importation d’armes à feu et pour l’économie des ports de Kyūshū, en particulier Nagasaki. Cependant, à partir du milieu des années 1580, sa perception du christianisme évolue profondément. Hideyoshi s’inquiète de l’influence croissante des missionnaires auprès de certains Daimyō chrétiens, tels que Ōmura Sumitada ou Arima Harunobu. La cession de terres, d’églises et parfois même de ports aux missionnaires, sans autorisation du pouvoir central, lui apparaît comme une atteinte directe à son autorité. À cela s’ajoutent les récits, relayés par des marchands et des religieux japonais, des conquêtes coloniales ibériques en Asie, où l’évangélisation précède souvent la domination politique. Les Portugais s’imposent à Goa (1510), Malacca (1511) et Macao (1557), tandis que les Espagnols prennent le contrôle des Philippines à partir de 1565, fondant Manille en 1571.

En effet, selon des études historiques sur les missions jésuites au Japon, certains missionnaires n’écartaient pas totalement l’idée que l’usage de la force puisse, dans certaines circonstances, favoriser l’évangélisation ou protéger des communautés chrétiennes. Ce type de réflexion s’inscrit dans le contexte politique et impérial du XVIᵉ siècle, où évangélisation, diplomatie et rivalités coloniales ibériques sont étroitement imbriquées.

Alessandro Valignano

Dans ses correspondances, Alessandro Valignano, visiteur des missions jésuites en Asie, souligne à plusieurs reprises l’impossibilité pratique d’une conquête du Japon par une puissance européenne. Il décrit le pays comme étant peuplé d’hommes disciplinés, courageux et expérimentés militairement, et il rejette l’idée d’une intervention armée au Japon même, conscient des conséquences désastreuses qu’une telle entreprise aurait pour l’implantation du christianisme.

La question prend une forme plus concrète après l’édit anti‑chrétien de Toyotomi Hideyoshi en 1587. À cette occasion, Gaspar Coelho, supérieur des Jésuites au Japon, envisage brièvement une forme de résistance armée et sollicite un soutien extérieur, notamment depuis les Philippines. Cette initiative est rapidement désavouée par Valignano, qui impose une ligne claire : toute militarisation du christianisme signerait son échec définitif au Japon. En 1590, la Compagnie de Jésus décide officiellement de renoncer à toute implication armée, limitant son action à un soutien spirituel, financier et humanitaire.

Toyotomi Hideyoshi

En 1587, Toyotomi Hideyoshi promulgue le premier édit d’expulsion des missionnaires chrétiens (伴天連追放令). Le texte ordonne aux missionnaires étrangers de quitter le Japon, sans pour autant interdire explicitement le christianisme aux Japonais ni rompre les relations commerciales avec les Européens. Dans les faits, l’édit est appliqué de manière inégale : de nombreux missionnaires restent clandestinement sur place, notamment à Kyūshū, et le commerce avec les Portugais se poursuit. 

En 1597, il ordonne l’exécution de vingt-six chrétiens à Nagasaki (4), parmi lesquels des fidèles laïcs, membres de la communauté de Méaco. Cette exécution publique, par crucifixion, marque un tournant symbolique : le christianisme est désormais perçu comme une menace politique et idéologique pour l’unité du pays.

Les martyrs de Nagasaki (1597), gravure de Wolfgang Kilian, 1628.

La situation des chrétiens bascule définitivement avec l’établissement du shogunat Tokugawa (徳川幕府), qui vise à unifier le pays tout en contrôlant les puissances religieuses. Tokugawa Ieyasu (徳川家康) entretient d’abord une certaine tolérance, motivée par la stabilité et l’ouverture au commerce. Cependant, il en vient progressivement à considérer la présence chrétienne comme une source potentielle de désordre politique et d’ingérence étrangère, dans le contexte de l’unification et de la consolidation du pouvoir shogunal.

Tokugawa Ieyasu

En 1614, il interdit officiellement le christianisme. Les missionnaires sont expulsés, les églises détruites et les fidèles contraints d’abjurer. Les autorités mettent en place des méthodes de contrôle systématiques, dont le Fumi-e (踏み絵), qui oblige les suspects à piétiner une image chrétienne. La torture devient un instrument de coercition, et le refus d’abjurer peut entraîner l’exécution. À Nagasaki et dans la région d’Unzen (雲仙), certains condamnés sont précipités dans les sources brûlantes du volcan, à des fins dissuasives et exemplaires. Cette période est marquée par des scènes de supplice particulièrement violentes, dont le plus emblématique reste le Grand Martyre de Nagasaki, le 10 septembre 1622, au cours duquel cinquante-cinq catholiques — missionnaires et fidèles japonais — sont brûlés ou décapités.

En 1637, la Révolte de Shimabara (島原の乱) éclate dans la péninsule de Shimabara et sur les îles Amakusa, principalement menée par des paysans et des samurai chrétiens confrontés à de lourdes taxes et à la répression religieuse du shogunat Tokugawa. La révolte rassemble plusieurs dizaines de milliers de participants, dont un grand nombre de chrétiens. Elle est brutalement réprimée : les forces shogunales assiègent les villages rebelles, tuant ou exécutant la quasi-totalité des insurgés. La fin de la révolte, en 1638, marque la disparition officielle du christianisme organisé et le renforcement de la politique d’isolement national, le sakoku (鎖国).

Martyrs chrétiens à Nagasaki, XVIe-XVIIe siècle.

Malgré l’interdiction, le christianisme ne disparaît pas totalement.

Des communautés entrent dans la clandestinité : ce sont les Kakure Kirishitan (隠れキリシタン). Privés de prêtres, ils transmettent leur foi oralement, modifient les prières et dissimulent les symboles chrétiens sous des formes compatibles avec le bouddhisme ou le shintō. L’un des symboles les plus connus est la Maria Kannon (5): des statues représentant la Vierge Marie, mais déguisée en Kannon (観音). Ces communautés survivent principalement autour de Nagasaki et dans les îles Gotō (五島列島) pendant plus de deux siècles, sans contact avec l’Église occidentale. Leur existence démontre une persistance remarquable, mais aussi une transformation profonde du christianisme, devenu une religion secrète, fragmentée et hybridée.

Au milieu du XIXᵉ siècle, la politique d’isolement du Japon prend fin. Avec l’ouverture forcée des ports et la restauration de Meiji (明治維新), le pays s’engage sur la voie de la modernisation.

En 1865, à Nagasaki, la redécouverte des chrétiens cachés par des prêtres français provoque une vive émotion dans le monde chrétien. L’église d’Ōura (大浦天主堂) ou basilique des Vingt-Six-Martyrs-du-Japon, (photo de gauche) dédiée aux vingt-six Martyrs et construite peu avant, devient un symbole de cette continuité inattendue de la foi chrétienne au Japon.

En 1873, l’interdiction du christianisme est officiellement levée. Les missionnaires catholiques et protestants reviennent alors au Japon.

Pourtant, le christianisme ne connaît pas de conversion massive. Il s’intègre dans l’éducation, la santé, l’esthétique et certains rites sociaux, mais il ne remplace pas les pratiques religieuses traditionnelles, qui continuent d’organiser la vie quotidienne et les rites funéraires.

Pourquoi cela n'a-t-il pas fonctionné ?

À mon avis, comprendre pourquoi le christianisme reste marginal au Japon impose de dépasser la seule question des persécutions. L’échec relatif du prosélytisme chrétien s’explique aussi par un décalage profond entre la vision religieuse occidentale et les croyances japonaises, ainsi que par une incompréhension mutuelle qui dépasse largement la seule période des interdictions.

L’un des obstacles majeurs à l’implantation durable du christianisme au Japon réside dans sa logique exclusive. Le christianisme exige une adhésion unique et totale à un Dieu transcendant, jaloux, et à une vérité présentée comme universelle. Cette conception entre en friction directe avec les pratiques religieuses japonaises où l’on compose avec plusieurs systèmes de croyances selon les moments de la vie.

Le shintō, souvent perçu par les missionnaires occidentaux comme une forme d’"animisme", ne repose ni sur un dogme ni sur une révélation unique. Il structure avant tout une relation aux kami (神), aux lieux, aux saisons et aux ancêtres. Demander à un Japonais de renoncer à ces pratiques revient moins à changer de religion qu’à rompre avec un ordre social, familial et symbolique profondément enraciné.

Le bouddhisme, quant à lui, propose une approche philosophique et rituelle de l’existence, centrée sur la pratique, la discipline et l’impermanence. Il n’entre pas naturellement en concurrence avec le shintō, mais coexiste avec lui. Le christianisme, en revanche, introduit une rupture : il affirme une vérité unique et condamne implicitement les autres systèmes de croyances comme erronés ou idolâtres.

Les missionnaires du XVIᵉ siècle font preuve d’une réelle capacité d’adaptation linguistique, mais ils peinent à saisir la dimension non doctrinale de la religiosité japonaise. En cherchant des équivalents lexicaux pour traduire "Dieu", "âme" ou "salut", ils projettent une grille de lecture occidentale sur une culture qui ne fonctionne pas selon les mêmes catégories.

Cette incompréhension se double d’un problème politique. La conversion ne concerne pas seulement l’individu, mais aussi sa loyauté. Dans un Japon où l’ordre social repose sur l’obéissance au seigneur, au clan et, plus tard, à l’État, l’idée d’une allégeance spirituelle extérieure apparaît comme une menace. Le christianisme devient ainsi moins une foi qu’un facteur de déstabilisation, perçu comme incompatible avec l’harmonie sociale.

Même après la levée de l’interdiction au XIXᵉ siècle, ces mécanismes persistent. Le christianisme n’est plus persécuté, mais il reste culturellement "extérieur". Il s’intègre dans l’éducation, la charité, certaines formes esthétiques, mais il ne remplace pas les pratiques religieuses traditionnelles, qui continuent d’organiser les rites de passage et la relation aux morts.

Récapitulatif des dates clés

1549François Xavier, de la Compagnie de Jésus, arrive à Kagoshima (鹿児島) et commence les premières activités missionnaires chrétiennes au Japon (3).

1569 – Fondation de l’église Todos os Santos, la première de Nagasaki, construite par le missionnaire Gaspar Vilela.

1580Arima Harunobu (有馬晴信), Daimyō chrétien, fonde le Séminaire de Kuchinotsu, le premier séminaire catholique au Japon.

1585 – Une mission de quatre jeunes Japonais envoyée par Arima Harunobu (有馬晴信) et d’autres Daimyō chrétiens de Kyūshū (九州) rencontre le pape Grégoire XIII (1502–1585) à Rome.

1587Toyotomi Hideyoshi (豊臣秀吉) publie un édit anti-chrétien, limitant les activités de propagation et ordonnant l’expulsion des missionnaires étrangers du pays.

1597 – Hideyoshi fait exécuter vingt-six chrétiens, dont vingt Japonais, à Nagasaki (長崎). Ils deviennent plus tard connus sous le nom des 26 Martyrs (4).

1612 – Le shogunat Tokugawa publie un édit anti-chrétien, interdisant la propagation de la foi et ordonnant la destruction des églises.

1622 - Cinquante-cinq croyants — missionnaires et fidèles japonais — sont brûlés ou décapités à Nagasaki.

1627 – Vingt-sept chrétiens sont martyrs à Unzen Jigoku (雲仙地獄).

1633 – Le shogunat publie le premier d’une série d’édits de sakoku, mettant le pays sur la voie de l’isolement national.

Entre 1633 et 1637 - Seize martyrs dominicains sont exécutés à Nagasaki. Ils sont commémorés le 6 février.

1637–1638 – Soulèvement de paysans et de rōnin, en grande partie chrétiens, dans la péninsule de Shimabara et les îles Amakusa, connu sous le nom de Révolte de Shimabara (島原の乱).

1644 – Le dernier missionnaire chrétien est exécuté (date sujette à caution).

1853 – Le commodore américain Matthew Perry arrive avec une flotte de navires, déclenchant la réouverture du Japon au commerce international.

1858-1859 – Signature du traité d’amitié et de commerce Japon–États-Unis et arrivée des missionnaires protestants américains au Japon.

1862 – Les 26 Martyrs (西坂の26聖人) sont canonisés par le pape Pie IX.

1865 – Les chrétiens cachés japonais déclarent leur foi à l’église d'Ōura (大浦天主堂) de Nagasaki, construite par des résidents français. La découverte que les chrétiens avaient transmis leur foi à travers les générations pendant de longues années de répression sévère est considérée comme un miracle.

1873 - Le gouvernement Meiji publie la Grande Proclamation du Conseil d'État n° 68, ordonnant la suppression du panneau officiel interdisant le christianisme.

1898 – Fondation de l’abbaye des Trappistines (トラピスチヌ修道院) à Hakodate (Hokkaidō) par huit sœurs venues de France. Il s’agit du premier édifice religieux dédié exclusivement aux femmes jamais construit au Japon.

Entre 1909 et 1931 – Construction de nombreuses églises catholiques modernes au Japon, notamment à Hirado (平戸) et Kurosaki (黒崎) dans la région de Nagasaki.

1947 – La Constitution japonaise d’après-guerre garantit la liberté religieuse.

1952 – Inauguration de la St. Francis Xavier Memorial Church à Yamaguchi (山口), construite pour commémorer l’arrivée de François Xavier au Japon en 1549 et symbole du renouveau du christianisme dans le Japon d’après-guerre.

1981 – Le pape Jean-Paul II effectue la première visite pontificale au Japon.

2014 – Le Premier ministre Abe Shinzō rencontre le pape François et lui demande de visiter le Japon pour marquer les 150 ans de la découverte des chrétiens cachés.

2018 – Les sites chrétiens cachés dans la région de Nagasaki (Nagasaki et Kumamoto) sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.

2019 – Le pape François visite le Japon.

En définitive, l’histoire du christianisme au Japon montre que la diffusion d’une religion ne dépend ni uniquement de la ferveur des missionnaires, ni seulement de la contrainte ou de la persécution, mais aussi — et peut-être surtout — de sa compatibilité culturelle avec la société qui la reçoit. Introduit tôt, parfois adopté avec enthousiasme, puis violemment rejeté, le christianisme n’a jamais cessé d’exister dans l’archipel, sans pour autant s’y imposer durablement. Il demeure aujourd’hui une religion respectée, tolérée, mais largement périphérique dans un pays où le shintō et le bouddhisme continuent de structurer en profondeur le rapport au monde, aux ancêtres et à la mort.

Cet article est écrit du point de vue d’un athée. Cette position n’est ni une critique du christianisme ni une remise en cause de la foi de ses croyants, mais une posture d’observation visant à analyser les faits historiques et culturels avec le plus de distance possible. Elle permet d’interroger non pas la valeur d’une religion, mais les conditions concrètes de son enracinement — ou de ses limites — dans une société donnée. À ce titre, le christianisme au Japon n’apparaît ni comme un échec total ni comme une réussite durable, mais comme le résultat d’une rencontre complexe entre deux visions du monde qui n’avaient aucune nécessité profonde de se confondre.

NOTES

(1) Les statistiques de l'Agence des affaires culturelles rapportent qu'il y avait 1,9 million de chrétiens au Japon au 31 décembre 2017, s'élevant à 1,5% de la population japonaise, soit 126 millions. Ce nombre comprend une majorité de non Japonais, qui, eux, seraient moins de 500 000.

(2) Le christianisme se dit en japonais Kirisuto-kyō (キリスト教). Le terme Kirishitan (キリシタン), dérivé du portugais cristão, est employé dans les sources japonaises comme un terme historiographique pour désigner les chrétiens du Japon entre le XVIᵉ et le XIXᵉ siècle, en particulier durant la période des missions, des persécutions et de la clandestinité.

(3) En 1543, les premiers Portugais arrivent sur les côtes japonaises de Tanegashima (種子島), apportant avec eux arquebuses, marchandises et missionnaires chrétiens. Cet événement marque le début de contacts durables avec l’Occident, ouvrant la voie à l’introduction du christianisme par les jésuites, parmi lesquels François Xavier quelques années plus tard. L’arrivée des armes à feu et des missionnaires transforme à la fois la guerre et la religion au Japon.

(4) En 1597, vingt-six chrétiens — missionnaires européens et fidèles japonais — sont crucifiés à Nagasaki (長崎) sur ordre de Toyotomi Hideyoshi. Cette exécution vise à freiner la propagation du christianisme, perçu comme une menace pour l’ordre social et politique. Ces martyrs sont aujourd’hui reconnus par l’Église catholique et demeurent un symbole de la persécution chrétienne au Japon. Le drame de ces martyrs a inspiré la culture contemporaine, notamment le film "Silence" de Martin Scorsese (2016), adapté du roman d'Endō Shūsaku (遠藤 周作) paru en 1966. Le long-métrage suit des jésuites portugais confrontés aux persécutions et aux dilemmes moraux liés à leur foi. Il adopte cependant un point de vue principalement européen, centré sur les missionnaires, et réduit quasiment à néant le regard japonais : les motivations des autorités locales, des Daimyō et des populations ne sont que partiellement explorées. Ce parti pris artistique dramatise la souffrance spirituelle individuelle, mais masque le contexte politique et social réel de l’époque.

(5) Le terme Maria Kannon (マリア観音) n’apparaît qu’au cours de l’ère Meiji (1868–1912), lorsque les communautés chrétiennes clandestines sortent de l’ombre et que l’histoire de ces objets est progressivement documentée. À l’époque des persécutions, les fidèles comprenaient leur signification chrétienne uniquement par transmission orale, sans désignation formelle.

SOURCES

omf.orgnippon.comworldhistory.orglingq.compersee.frmlit.go.jpworldhistory.orgjapan-kyushu-tourist.comresolve.cambridge.org

ILLUSTRATION DE COUVERTURE

Les martyrs de Nagasaki (1597), gravure de Wolfgang Kilian, 1628 - Domaine public

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Du XVIᵉ siècle à nos jours : le christianisme au Japon
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