Au Japon, le Nouvel An, appelé Oshōgatsu (お正月), est la célébration la plus importante de l’année. Il ne s’agit pas seulement du passage au 1er janvier, mais d’une période entière consacrée au renouveau, à la purification et au retour à l’essentiel. C’est un moment où l’on exprime sa gratitude pour l’année écoulée et où l’on prie pour la santé, le bonheur et la prospérité dans l’année à venir.
Cette fête se distingue par son atmosphère calme et réfléchie, bien différente des célébrations bruyantes que l’on connaît ailleurs. Oshōgatsu est avant tout un temps familial et spirituel, profondément ancré dans les traditions japonaises.
あけましておめでとうございます !
Les jours précédant le Nouvel An sont consacrés au ōsōji (大掃除), le grand nettoyage de fin d’année. Cette pratique n’est pas seulement une tâche ménagère : elle possède une forte dimension symbolique, car elle permet d’éliminer les impuretés accumulées durant l’année écoulée et de préparer un espace propre et ordonné pour accueillir la nouvelle année. Chaque pièce, chaque recoin, chaque ustensile est soigneusement nettoyé, reflétant l’idée que l’ordre extérieur prépare la clarté et la sérénité intérieure.
Une fois le nettoyage terminé, les maisons se parent de décorations traditionnelles. Les kadomatsu (門松), composés de pin et de bambou, sont placés à l’entrée des habitations. Le pin symbolise la longévité, le bambou la résilience et la force, et ensemble ils accueillent Toshigami-sama (年神様), la divinité de l’An et attirent la prospérité. Les shimenawa (注連縄), cordes de paille sacrée, marquent quant à elles un espace purifié et protégé, repoussant les mauvais esprits et les influences négatives.
À l’intérieur, le kagami mochi (鏡餅) occupe une place centrale. Composé de deux gâteaux de riz superposés surmontés d’une orange amère (daidai, 橙), il est placé sur l’autel familial ou dans un coin spécialement aménagé. Le plus petit mochi posé sur le plus grand symbolise la continuité entre le passé et l’avenir, et la mandarine, dont le nom évoque la notion de “générations successives”, souhaite à la famille longévité et bonheur.
Cette offrande n’est pas seulement décorative : elle incarne le souhait d’une année prospère et harmonieuse, reliant l’humain au divin dans une tradition ancienne et respectée.
Le 31 décembre, appelé Ōmisoka (大晦日), marque la fin officielle de l’année et est vécu comme un moment de transition entre le passé et le renouveau. C’est un jour chargé de symbolisme, où les Japonais prennent le temps de faire le point sur l’année écoulée et de se préparer mentalement à accueillir la nouvelle.
Le soir, il est courant de manger des toshikoshi soba (年越しそば), des nouilles longues qui symbolisent le passage d’une année à l’autre, la longévité et la prospérité. La forme allongée des nouilles évoque également la continuité de la vie et la possibilité de surmonter les obstacles. Dans certaines familles, le choix de ces nouilles est aussi un moment de partage et de transmission des traditions culinaires, où chaque geste, du bouillon à la coupe des soba, a son importance.
À minuit, les temples bouddhistes font résonner leurs cloches lors du joya no kane (除夜の鐘). Les 108 coups de cloche correspondent aux 108 désirs et attachements humains que l’on considère comme sources de souffrance selon le bouddhisme. Faire retentir les cloches à minuit est ainsi un rituel de purification, permettant aux fidèles de laisser derrière eux leurs préoccupations et de commencer l’année l’esprit apaisé et léger.
Dans certaines régions, les temples ouvrent leurs portes aux visiteurs pour participer à cette cérémonie, qui devient alors un moment de rassemblement et de recueillement collectif. On retrouve ainsi la combinaison unique du Japon : un mélange de spiritualité, de tradition et de convivialité familiale, même dans un geste aussi simple que celui de frapper les cloches pour accueillir la nouvelle année.
Le 1er janvier marque le véritable début des célébrations du Nouvel An. Les Japonais se rendent dans un sanctuaire shintō ou un temple bouddhiste pour le hatsumōde (初詣), la première prière de l’année. Cette visite, qui a lieu principalement entre le 1er et le 3 janvier, est un moment privilégié pour exprimer sa gratitude pour l’année écoulée et pour formuler des vœux de santé, de bonheur et de prospérité pour l’année à venir.
Durant le hatsumōde, les fidèles effectuent des rituels précis : ils purifient leurs mains et leur bouche au temizuya (手水舎), frappent la cloche du temple ou du sanctuaire, et prient en inclinant légèrement le corps. Ils peuvent également acheter de nouvelles amulettes de protection, les omamori (お守り), pour la santé, le succès ou la sécurité, et rendre celles de l’année précédente, afin de renouveler symboliquement leur chance. Les visiteurs ont aussi la possibilité de tirer un omikuji (おみくじ), un petit papier révélant leur fortune pour l’année ; les moins favorables sont souvent attachés à des branches ou à des cordes du sanctuaire, pour conjurer la malchance.
Parmi les lieux les plus populaires pour le hatsumōde, Meiji Jingu (明治神宮) à Tōkyō et Narita-san shinshō-ji (成田山新勝寺) à Narita attirent chaque année des milliers de visiteurs. Dans ces sites, l’ambiance mêle recueillement et animation : on entend les cloches, les incantations des prêtres, le froissement des papiers d’omikuji et le murmure des prières, créant une atmosphère unique où tradition, spiritualité et convivialité se rencontrent.
Le hatsumōde n’est pas seulement un rituel religieux : c’est également une expérience sociale et culturelle, qui renforce les liens familiaux et communautaires tout en perpétuant des pratiques anciennes profondément ancrées dans le rythme annuel japonais.
La nourriture joue un rôle central durant Oshōgatsu, bien plus qu’un simple repas : elle reflète des siècles de traditions et de symboles de chance et de prospérité. Les osechi ryōri (おせち料理), préparés à l’avance et servis dans des boîtes laquées appelées jubako, sont consommés pendant les premiers jours de janvier. Chaque plat a une signification précise : les haricots noirs (kuromame, 黒豆) symbolisent la santé, le kazunoko (数の子), œufs de hareng, la fertilité et la prospérité familiale, et les crevettes (ebi, 海老) représentent la longévité et un âge avancé.
La variété des plats, souvent colorés et disposés avec soin, transforme le repas en une vitrine de la richesse culinaire et culturelle du Japon. Ces préparations sont destinées à durer plusieurs jours, ce qui permet aux familles de se reposer après les fêtes tout en continuant à profiter de ces mets symboliques.
On consomme également le zōni (雑煮), une soupe contenant du mochi (餅), symbole de force et d’unité familiale. Sa recette varie selon les régions : à l’est du Japon, le bouillon est généralement à base de sauce soja, tandis qu’à l’ouest, on privilégie un bouillon à base de miso. Certains y ajoutent du poulet, des légumes de saison ou des herbes aromatiques, reflétant la diversité locale et le lien avec la nature.
Ainsi, le repas du Nouvel An n’est pas seulement nourrissant : il est rituel et porteur de vœux, un moyen de célébrer le renouveau tout en partageant un moment convivial avec la famille.
Le 7 janvier marque la tradition du Festival des sept herbes (Nanakusa no sekku, 七草の節句). Ce jour-là, les Japonais mangent une soupe de riz contenant sept légumes sauvages verts appelée nanakusa gayu (七草粥).
Une autre tradition importante est l’envoi des nengajō (年賀状), les cartes de vœux du Nouvel An. Elles sont adressées à la famille, aux amis, aux collègues, et parfois même à des contacts professionnels ou anciens camarades, et sont conçues pour arriver précisément le 1er janvier. Le respect de cette date est important : recevoir une carte après le 1er janvier est considéré comme un manque de ponctualité ou d’attention.
Ces cartes sont souvent décorées avec des illustrations liées au zodiaque de l’année, des symboles de chance ou des motifs traditionnels comme le mont Fuji, la grue ou la tortue, tous porteurs de bon augure pour l’année à venir. Certaines comportent même un numéro de loterie, permettant de gagner des prix symboliques, ajoutant une touche ludique à cette coutume.
Envoyer des nengajō est ainsi bien plus qu’un simple geste de politesse : c’est un moyen de renforcer les liens sociaux, de montrer sa considération pour ses proches et ses collègues, et de participer à une tradition qui relie les Japonais de toutes les générations.
Outre le hatsumōde, d’autres traditions accompagnent le Nouvel An :
Une autre tradition originale du Nouvel An est le premier rêve de l’année, appelé hatsu yume (初夢). Selon la croyance populaire, ce premier rêve, réalisé la nuit du 1er au 2 janvier, peut prévoir la chance ou le succès pour l’année à venir. Certains symboles apparaissant dans ce rêve sont particulièrement considérés comme de bons augures, les hatsuyume no sanpuku, ou “trois symboles de chance”, (初夢の三福) : le mont Fuji, symbole de grandeur et d’élévation ; le faucon, représentant vigilance et courage ; et l’aubergine, associée à la réussite et à la réalisation des ambitions.
Au fil des siècles, cette tradition a été célébrée dans la littérature et les arts japonais, et même si beaucoup la considèrent aujourd’hui comme une superstition légère, le hatsu yume reste une manière poétique de commencer l’année, en observant la nature des rêves et en cherchant à y lire des signes positifs pour l’avenir. Les familles évoquent parfois ce rêve le matin du 2 janvier, partageant leurs impressions et renforçant ainsi la dimension sociale et symbolique de ce rituel.
Pour clore, le 1er janvier, ou Ganjitsu (元日), est, comme en France, un jour férié au Japon. Les jours qui suivent, beaucoup d’entreprises ferment temporairement — à l’exception de certains magasins, comme les konbini.
C’est aussi la période où gares, aéroports, routes et hébergements sont pris d’assaut, donc mieux vaut anticiper si l’on souhaite visiter l’archipel. En revanche, les grandes villes, libérées d’une partie de leurs habitants, offrent une atmosphère surprenamment calme et agréable, idéale pour flâner et découvrir un Japon plus tranquille, presque secret. Des sites comparent cette pause à une sorte de mini Golden Week, durant laquelle les Japonais profitent pour se reposer, retrouver leur famille ou parfois voyager à l’étranger.
Je compte bien, un jour, partir à ce moment là, d'autant que le climat est généralement frais et sec, surtout à Tōkyō. On en reparlera !
© The Spirit Of Japan Tours
Au Japon, il existe plusieurs façons de souhaiter une bonne année, selon le moment et le contexte :
Avant le 1ᵉʳ janvier
On emploie souvent la formule 良いお年をお迎えください (Yoi otoshi o omukae kudasai), littéralement "Passez une bonne année". Cette expression est fréquemment réduite à 良いお年を (Yoi otoshi o) lorsqu’on s’adresse à ses proches avant le Nouvel An.
À partir du 1ᵉʳ janvier
La formule la plus usitée est あけましておめでとうございます (Akemashite omedetō gozaimasu), qui se traduit par "Bonne année" dans un registre poli et respectueux.
Souvent, cette salutation est suivie de 今年もよろしくお願いします (Kotoshimo yoroshiku onegai shimasu), qui exprime : "Je compte sur votre bienveillance cette année encore".
Chez les jeunes ou entre amis proches, on entend parfois des versions abrégées comme あけおめ!ことよろ! (Ake ome! Koto yoro!) — contraction des deux formules plus longues.
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