La justice japonaise vient de franchir une étape historique dans l'affaire de l'Église de l'Unification (世界平和統一家庭連合), souvent désignée sous le nom de Secte Moon.
Le 4 mars 2026, la Haute Cour de Tōkyō (東京高等裁判所) a confirmé l'ordre de dissolution de l'organisation, rejetant ainsi l'appel formulé par cette dernière contre une décision de justice précédente.
La juge présidente Miki Motoko (三木素子) a validé les arguments du gouvernement, estimant que la secte a systématiquement eu recours à des méthodes de collecte de fonds illégales. Ces pratiques, connues sous le nom de "ventes spirituelles", consistaient à manipuler des fidèles pour obtenir des dons astronomiques en échange de prétendues bénédictions ou pour lever des "malédictions" ancestrales. La cour a jugé que ces activités n'étaient pas des incidents isolés mais relevaient d'une stratégie organisationnelle délibérée.
Cette décision marque un tournant juridique majeur au Japon. C'est en effet la première fois qu'un ordre de dissolution est maintenu pour des violations du Code civil, et non pour des crimes relevant du Code pénal. Jusqu'alors, seule la secte Aum Shinrikyō (オウム真理教), responsable de l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tōkyō en 1995, avait fait l'objet d'une telle mesure.
Bien que l'organisation puisse encore tenter un recours devant la Cour suprême (最高裁判所 - Saikō Saibansho), la procédure de liquidation de ses actifs peut désormais débuter. La perte de son statut de corporation religieuse signifie la fin de ses avantages fiscaux et de sa reconnaissance légale en tant qu'entité cultuelle.
Pour les nombreuses victimes et leurs familles, ce jugement représente une reconnaissance attendue de leurs souffrances financières et psychologiques. Le gouvernement japonais a d'ores et déjà annoncé qu'il renforcerait les dispositifs d'aide pour faciliter l'indemnisation des anciens membres lésés par les pratiques de l'organisation.
Officiellement nommée Fédération des familles pour la paix mondiale et l'unification (世界平和統一家庭連合 - Sekai Heiwa Tōitsu Katei Rengō), cette organisation a été fondée en 1954 en Corée du Sud par Moon Sun-myung (文鮮明). Plus connue sous le nom de secte Moon, elle s'est implantée au Japon dès 1959, où elle a trouvé un terreau fertile pour son expansion financière et politique.
Le mouvement mélange des éléments issus du christianisme avec des interprétations propres à son fondateur, se présentant comme une famille mondiale unie. Elle est célèbre pour ses mariages collectifs massifs, mais surtout critiquée pour ses ventes spirituelles (霊感商法 - reikan shōhō). Ces pratiques consistent à vendre des objets (vases, sceaux, bijoux) à des prix exorbitants en exploitant la vulnérabilité des fidèles.
L'organisation est revenue sur le devant de la scène après l'assassinat de l'ancien Premier ministre Abe Shinzō (安倍晋三) en juillet 2022. Le suspect a déclaré avoir agi par rancœur contre la secte, qu'il accusait d'avoir ruiné sa famille, et contre les politiciens ayant des liens avec elle.
Suite à ce drame, une enquête gouvernementale a révélé l'ampleur des dommages financiers causés aux fidèles japonais. Cela a mené à la procédure actuelle de dissolution, visant à retirer à l'organisation ses privilèges fiscaux et son statut légal de "corporation religieuse" au Japon.
Les chiffres cités proviennent d'un croisement entre les données officielles de l'organisation et les enquêtes menées par des experts indépendants et des médias de référence, comme l'étude de Sakurai Yoshihide pour Nippon.com. Professeur à l'Université de Hokkaidō et spécialiste des mouvements religieux, ses recherches, publiées et citées par des médias sérieux, suggèrent que le nombre de membres cotisants et réellement actifs est bien inférieur aux déclarations de la secte.
english.kyodonews.net/, asahi.com, nhk.or.jp, ffwpu.jp/
Le siège de la secte Moon, dans l’arrondissement spécial de Shibuya © Jiji