Le Japon traverse une mutation profonde de ses habitudes de paiement. Selon les chiffres les plus récents du Ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie (METI), le ratio de paiements "cashless" a franchi un cap historique en atteignant 42,8 % en 2024. Portée par l'explosion des QR Codes comme PayPay, qui compte désormais plus de 70 millions d'utilisateurs, cette transition a permis au gouvernement japonais de dépasser ses objectifs avec un an d'avance.
Voici comment se répartissent les paiements sans espèces aujourd'hui :
La baisse de la monnaie physique
En 2026, une étude de la Banque du Japon montre que 93,3 % des Japonais utilisent des moyens de paiement numériques, mais seulement 56 % le font "fréquemment". 67 % des seniors citent encore la "peur de la perte de contrôle budgétaire" et la protection de la vie privée comme raisons de préférer le cash. Cela rejoint exactement ton ressenti sur la gestion du budget !
Cependant, si les statistiques montrent un pays de plus en plus numérique, la réalité pour le touriste qui arpente l'archipel reste bien différente. Le cash reste roi, mais il a désormais un rival sérieux : la carte IC dématérialisée.
Cet article ne se veut aucunement un guide du cash au Japon, il représente juste mon avis à l'aube d'un nouveau voyage au Japon. Libre à vous d'utiliser la méthode de paiement qui vous correspondra le mieux.
Pour moi, la gestion de l'argent à dépenser sur place est essentielle pour bien gérer son voyage, et le cash me permet une maîtrise visuelle que la carte ne procure pas toujours. Dans mon budget, je calcule tout ou presque, jusqu'à combien dépenser par jour pour les repas, les visites... Je me laisse une marge, mais cela m'évite les déconvenues. Je sais combien me coûte mon voyage avant de partir, cash y compris. J'en ai déjà parlé dans différents articles, je fais le choix de changer mes yens avant de partir (cela revient moins cher que de le faire au Japon) et, même si j'ai ma carte bleue sur moi, avec option internationale, celle-ci ne doit me servir qu'en cas d'urgence ou de retrait imprévu, comme en 2025 où j'ai craqué pour un grand noren au Oedo antique market...
Le cash vous servira, c'est certain, d'autant que la CB n'est pas toujours acceptée.
Exemple. Si l'accès aux sanctuaires est, pour la grande majorité, gratuit, l'entrée des temples nécessite presque systématiquement un paiement, et ce en espèces ou via une machine. Mais, même dans un sanctuaire gratuit, le liquide est indispensable pour l'offrande, l'achat d'une omamori ou l'obtention d'un goshuin (御朱印), cette calligraphie de pèlerinage qui coûte généralement entre 300 ¥ et 1 000 ¥.
Le secteur de la restauration offre également un contraste intéressant. Dans de nombreux établissements de quartier, vous ferez face à une machine à tickets à l'entrée. Si les modèles les plus modernes acceptent désormais la carte IC, beaucoup de machines traditionnelles ne prennent encore que les billets et les pièces. Le paiement par carte bancaire internationale y reste, à ce jour, extrêmement rare.
Et pour en revenir aux brocantes et marchés, le cash reste souvent l'unique moyen de paiement accepté.
On pourrait d'ailleurs penser que les gros montants, comme les nuits en ryokan (旅館), se règlent forcément par carte. Pourtant, de nombreux établissements traditionnels préfèrent encore le liquide, souvent pour des raisons économiques. Les commissions bancaires sur les cartes internationales (parfois 3 à 5 %) grèvent les marges de ces structures souvent familiales. Toutefois, si vous logez dans un hôtel, ce sera la norme. Idem pour les grands magasins à Ginza, bien entendu.
Juste en passant, sachez que si vous logez dans un Airbnb à Kyōto, la taxe de séjour doit être réglée séparement. Pour ma part, je me suis arrangé avec l'hôte pour la régler via l'application, mais il me proposait de la laisser en espèce sur le bureau.
Kanpai!, dans son article dédié, conseille aux voyageurs d'avoir du cash sur soi, ne serait-ce que pour pallier à certaines situations :
Le site indique également qu'il est raisonnable d’être en possession d'environ 20 000 à 50 000 ¥ pour parer à toute éventualité. Au minimum, gardez toujours environ 10 000 ¥ en espèces pour parer aux refus des terminaux de cartes internationales, encore fréquents dans les petites enseignes. Le cash implique également de manipuler beaucoup de monnaie.
Un petit porte-monnaie, que l'on trouve facilement pour 110 ¥ chez Daiso, reste un accessoire utile, car les pièces s'accumulent très vite au Japon, surtout avec les pièces de 1 ¥ et 5 ¥ qui ne sont pas acceptées dans les distributeurs de boissons ou les bornes de transport.
L'utilisation des caisses automatiques dans les konbini (ou certains supermarchés) est la solution idéale pour "vider" son porte-monnaie. Au moment de payer, il suffit de verser toutes ses pièces dans la fente prévue à cet effet. La machine fait le décompte instantanément et il ne reste plus qu'à compléter le montant avec une pièce plus grosse ou un billet si nécessaire. C'est un gain de temps considérable et cela évite de ralentir la file d'attente en essayant de compter manuellement sa petite monnaie. De même, utilisez les 5 ¥ pour les offrandes dans les temples (En japonais, "5 yens" se prononce go-en (五円), ce qui est homophone du mot go-en (ご縁) signifiant "le destin", "la chance" ou encore "une relation de bon augure".
Parlons quand même du change sur place.
Si vous avez des euros, ou tout autres devises "courantes" comme des Dollars, des Livres Sterling..., et que vous avez décidé de ne pas les changer dans votre pays d'origine, il existe différenes solutions pour se procurer des espèces, chacune avec ses avantages. Notons :
En complément du cash, l'usage d'une carte IC, comme la Suica ou la PASMO, est devenu indispensable. Désormais dématérialisée sur smartphone, elle facilite grandement la vie.
Suica et PASMO fonctionnent de la même manière, mais l'opérateur change, il s'agit de JR East pour la première et de PASMO Co., Ltd, un consortium de nombreuses compagnies privées (Odakyū, Keikyū, Seibu, etc.) pour la seconde.
Bien qu'elles soient aujourd'hui interchangeables pour la quasi-totalité des trajets au Japon, ces deux cartes présentent trois petites différences à connaître :
Ma carte dématérialisée me permet non seulement de franchir les portiques des gares sans file d'attente, mais elle est acceptée comme moyen de paiement dans une multitude de situations quotidiennes : distributeurs automatiques, casiers de gare, taxis, et même dans certains commerces de proximité comme les konbini ou les boutiques de loisirs. J'ai d'ailleurs pu acquérir une figurine l'an dernier par ce biais.
Gardez juste en tête qu'en dehors de la version dématérialisée sur smartphone, la recharge d'une carte IC physique en gare se fait encore majoritairement avec des billets de banque.
Le saviez-vous ? La carte Welcome Suica est une version de la célèbre carte IC destinée spécifiquement aux touristes de passage au Japon.
Contrairement à la version classique, elle ne nécessite aucun dépôt de garantie, mais elle possède une durée de validité limitée à 28 jours.
À noter que le solde restant n'est pas remboursable : il est donc conseillé de bien l'épuiser avant votre départ.
Il en existe pléthore d'autres, citons :
Toutes ces cartes fonctionnent sur le même principe : elles se rechargent aux bornes des gares et permettent de franchir les portillons sans effort. Depuis l'unification des systèmes en 2013, la barrière géographique n'existe pratiquement plus pour les voyageurs. Une carte achetée à Sapporo pourra tout aussi bien servir pour payer un bus à Hiroshima ou une boisson dans un distributeur à Tōkyō, simplifiant ainsi considérablement les déplacements à travers tout l'archipel. Pour exemple, en 2025, je n'ai utilisé que ma Suica sur Hokkaidō.
Le saviez-vous ? Les iPhone récents permettent de toujours pouvoir utiliser la Suica, l'ICOCA ou la PASMO en "Transport Express" après l'extinction de la batterie, ce qui sauve la mise aux portiques du métro (vous devez configurer le Transport express dans l'appli Cartes du téléphone). En revanche, cela ne fonctionne pas pour vos cartes bancaires Visa ou Mastercard : sans batterie et donc sans FaceID, le paiement en magasin est impossible.
Pour finir avec les cartes IC, vous l'avez peut-être lu, mais JR East a annoncé des changements pour la Suica pour cet automne 2026 :
Toutefois, si on lit entre les lignes, ces nouveautés ne concerneront pas les touristes, puisqu'il faudra posséder un compte bancaire japonais... Dommage...
© WBS
Nous l'avons vu, l'utilisation de la carte bancaire au Japon n'est pas si simple que cela, mais elle reste le meilleur moyen d'obtenir des yens sur place. Mais attention aux frais ! En effet, selon votre banque (traditionnelle - comme la Caisse d'Épargne ou SG - ou néo banque - comme Revolut ou Fortuneo), votre contrat et votre carte, vous risquez d'avoir des frais de retrait ou de paiement (frais fixes + parfois des frais variables). Ces frais n'ont rien à voir avec les frais de la banque japonaise (voir plus bas).
Le retrait en ATM
La solution la plus fiable reste de loin les distributeurs automatiques (ATM) situés dans les konbini (magasins de proximité). Le roi des retraits est incontestablement 7-Eleven (7-Bank), dont les ATM sont omniprésents, acceptent toutes les cartes internationales (Visa, Mastercard, Amex, etc.) et proposent une interface en anglais.
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Les ATM des réseaux E-net ou Lawson Bank dans les Lawson et FamilyMart sont également excellents pour les cartes étrangères. Les distributeurs de la Japan Post Bank ou des banques (Mizuho ou SMBC Trust Bank, par exemple) sont très fiables, souvent avec des frais moindres, mais attention aux horaires de fermeture.
Vous aurez automatiquement des frais liés à la banque japonaise elle-même. Par exemple pour 7-Eleven :
J'ai payé la même chose en 2025 chez Mizuho. Les plafonds de retrait, eux, varient généralement entre 50 000 ¥ et 100 000 ¥ par opération.
Le Wallet ou "portefeuille électronique"
La plupart d'entre nous utilisons désormais le "Wallet" (comme Apple Pay ou Google Pay) pour régler sans contact via la technologie NFC. C'est super pratique pour ne pas sortir sa carte physique à chaque coin de rue, mais attention : ce n'est pas magique. Au Japon, il arrive encore souvent que le terminal d'un commerçant soit incompatible avec le sans-contact étranger. Et si votre batterie tombe à plat après une après-midi à mitrailler des lieux touristiques, vous vous retrouverez sans aucun moyen de paiement. Ne partez jamais sans votre carte physique et un peu de cash en secours.
En vous baladant, vous verrez des logos PayPay, R Pay ou AU Pay absolument partout. C’est super pratique pour les locaux, mais pour les touristes, c’est une impasse. Comme l’explique très bien le site Kanpai!, ces applis sont réservées à ceux qui vivent sur place. Pour s'inscrire, il faut un numéro de mobile japonais et souvent une carte de résident. Bref, ne perdez pas votre temps à essayer de les installer.
© Voyages Japan (la vidéo est de 2024, certaines informations s'avèrent obsolètes, mais vous y trouverez des infos utiles)
Cela ne vous dit pas si vous devez privilégier le cash en voyage ? Bien entendu ! Comme indiqué en début d'article, ceci n'est pas un guide. Par contre, moi, c'est ce que je fais et pour toutes les raisons évoquées ici :