Le Japon : le pays du cash en 2026 ?

Le Japon traverse une mutation profonde de ses habitudes de paiement. Selon les chiffres les plus récents du Ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie (METI), le ratio de paiements "cashless" a franchi un cap historique en atteignant 42,8 % en 2024. Portée par l'explosion des QR Codes comme PayPay, qui compte désormais plus de 70 millions d'utilisateurs, cette transition a permis au gouvernement japonais de dépasser ses objectifs avec un an d'avance.

Voici comment se répartissent les paiements sans espèces aujourd'hui :

  • Cartes de crédit (82,9 %) : Elles restent ultra-dominantes pour les gros montants (hôtels, luxe, grands magasins).
  • Paiement par Code QR (9,6 %) : C'est le secteur qui explose le plus. PayPay a d'ailleurs dépassé les 70 millions d'utilisateurs en juillet 2025 (soit plus d'un Japonais sur deux).
  • Monnaie électronique / Cartes IC (4,4 %) : Bien que le pourcentage semble faible en valeur, elles sont premières en nombre de transactions quotidiennes (petits achats de moins de 1 000 ¥).

La baisse de la monnaie physique

  • Les pièces : Entre 2021 et fin 2025, le nombre de pièces de monnaie en circulation a chuté de plus de 5,5 %. C'est un signe concret que les Japonais utilisent de moins en moins leur petite monnaie pour les distributeurs.
  • Les billets : Pour la première fois en deux décennies, la valeur totale des billets en circulation a stagné puis commencé à baisser légèrement en 2025, signe que le "bas de laine" traditionnel s'essouffle.

En 2026, une étude de la Banque du Japon montre que 93,3 % des Japonais utilisent des moyens de paiement numériques, mais seulement 56 % le font "fréquemment". 67 % des seniors citent encore la "peur de la perte de contrôle budgétaire" et la protection de la vie privée comme raisons de préférer le cash. Cela rejoint exactement ton ressenti sur la gestion du budget !

Cependant, si les statistiques montrent un pays de plus en plus numérique, la réalité pour le touriste qui arpente l'archipel reste bien différente. Le cash reste roi, mais il a désormais un rival sérieux : la carte IC dématérialisée.

Cet article ne se veut aucunement un guide du cash au Japon, il représente juste mon avis à l'aube d'un nouveau voyage au Japon. Libre à vous d'utiliser la méthode de paiement qui vous correspondra le mieux.

Je suis fan du nouveau billet de 1 000 yens © Wikimedia Commons
La gestion de l'argent au quotidien
© Photock

Pour moi, la gestion de l'argent à dépenser sur place est essentielle pour bien gérer son voyage, et le cash me permet une maîtrise visuelle que la carte ne procure pas toujours. Dans mon budget, je calcule tout ou presque, jusqu'à combien dépenser par jour pour les repas, les visites... Je me laisse une marge, mais cela m'évite les déconvenues. Je sais combien me coûte mon voyage avant de partir, cash y compris. J'en ai déjà parlé dans différents articles, je fais le choix de changer mes yens avant de partir (cela revient moins cher que de le faire au Japon) et, même si j'ai ma carte bleue sur moi, avec option internationale, celle-ci ne doit me servir qu'en cas d'urgence ou de retrait imprévu, comme en 2025 où j'ai craqué pour un grand noren au Oedo antique market...

Le cash vous servira, c'est certain, d'autant que la CB n'est pas toujours acceptée.

Exemple. Si l'accès aux sanctuaires est, pour la grande majorité, gratuit, l'entrée des temples nécessite presque systématiquement un paiement, et ce en espèces ou via une machine. Mais, même dans un sanctuaire gratuit, le liquide est indispensable pour l'offrande, l'achat d'une omamori ou l'obtention d'un goshuin (御朱印), cette calligraphie de pèlerinage qui coûte généralement entre 300 ¥ et 1 000 ¥.

Le secteur de la restauration offre également un contraste intéressant. Dans de nombreux établissements de quartier, vous ferez face à une machine à tickets à l'entrée. Si les modèles les plus modernes acceptent désormais la carte IC, beaucoup de machines traditionnelles ne prennent encore que les billets et les pièces. Le paiement par carte bancaire internationale y reste, à ce jour, extrêmement rare.

Et pour en revenir aux brocantes et marchés, le cash reste souvent l'unique moyen de paiement accepté.

On pourrait d'ailleurs penser que les gros montants, comme les nuits en ryokan (旅館), se règlent forcément par carte. Pourtant, de nombreux établissements traditionnels préfèrent encore le liquide, souvent pour des raisons économiques. Les commissions bancaires sur les cartes internationales (parfois 3 à 5 %) grèvent les marges de ces structures souvent familiales. Toutefois, si vous logez dans un hôtel, ce sera la norme. Idem pour les grands magasins à Ginza, bien entendu.

Juste en passant, sachez que si vous logez dans un Airbnb à Kyōto, la taxe de séjour doit être réglée séparement. Pour ma part, je me suis arrangé avec l'hôte pour la régler via l'application, mais il me proposait de la laisser en espèce sur le bureau.

Kanpai!, dans son article dédié, conseille aux voyageurs d'avoir du cash sur soi, ne serait-ce que pour pallier à certaines situations :

  • si vous vous éloignez des grandes villes et des sentiers battus touristiques,
  • si vous ne trouvez pas de distributeur de billet ouvert,
  • si votre carte bancaire ne fonctionne pas ou que le commerçant n’est pas équipé pour les cartes étrangères,
  • ou en cas de catastrophe naturelle qui, bien que rare, reste un paramètre à prendre en compte quand on visite l’archipel.

Le site indique également qu'il est raisonnable d’être en possession d'environ 20 000 à 50 000 ¥ pour parer à toute éventualité. Au minimum, gardez toujours environ 10 000 ¥ en espèces pour parer aux refus des terminaux de cartes internationales, encore fréquents dans les petites enseignes. Le cash implique également de manipuler beaucoup de monnaie.

© Photock

Un petit porte-monnaie, que l'on trouve facilement pour 110 ¥ chez Daiso, reste un accessoire utile, car les pièces s'accumulent très vite au Japon, surtout avec les pièces de 1 ¥ et 5 ¥ qui ne sont pas acceptées dans les distributeurs de boissons ou les bornes de transport.

L'utilisation des caisses automatiques dans les konbini (ou certains supermarchés) est la solution idéale pour "vider" son porte-monnaie. Au moment de payer, il suffit de verser toutes ses pièces dans la fente prévue à cet effet. La machine fait le décompte instantanément et il ne reste plus qu'à compléter le montant avec une pièce plus grosse ou un billet si nécessaire. C'est un gain de temps considérable et cela évite de ralentir la file d'attente en essayant de compter manuellement sa petite monnaie. De même, utilisez les 5 ¥ pour les offrandes dans les temples (En japonais, "5 yens" se prononce go-en (五円), ce qui est homophone du mot go-en (ご縁) signifiant "le destin", "la chance" ou encore "une relation de bon augure".

Parlons quand même du change sur place.

Si vous avez des euros, ou tout autres devises "courantes" comme des Dollars, des Livres Sterling..., et que vous avez décidé de ne pas les changer dans votre pays d'origine, il existe différenes solutions pour se procurer des espèces, chacune avec ses avantages. Notons :

  • Le bureau de change classique reste une valeur sûre. Dans l'archipel, on les trouve facilement dans les aéroports comme Narita ou Haneda, mais aussi dans les grands quartiers touristiques. Les taux y sont souvent corrects, mais il est conseillé de comparer les frais de commission.
  • Les banques japonaises proposent également des services de change au guichet. C'est une méthode très fiable, bien qu'un peu plus longue en raison des formulaires à remplir et des horaires d'ouverture souvent limités en fin de journée.
  • Enfin, certains hôtels et grands magasins disposent de machines de change automatique. C'est extrêmement pratique pour un dépannage rapide, car ces bornes acceptent de nombreuses devises étrangères et sont accessibles sur de larges plages horaires, même si le taux proposé est généralement un peu moins avantageux que dans un bureau spécialisé.
La carte IC

En complément du cash, l'usage d'une carte IC, comme la Suica ou la PASMO, est devenu indispensable. Désormais dématérialisée sur smartphone, elle facilite grandement la vie. 

© JR East

Suica et PASMO fonctionnent de la même manière, mais l'opérateur change, il s'agit de JR East pour la première et de PASMO Co., Ltd, un consortium de nombreuses compagnies privées (Odakyū, Keikyū, Seibu, etc.) pour la seconde. 

Bien qu'elles soient aujourd'hui interchangeables pour la quasi-totalité des trajets au Japon, ces deux cartes présentent trois petites différences à connaître :

  • Où l'acheter : La Suica peut s'acheter dans tout le quart nord-est du Japon. La PASMO est essentiellement disponible dans la capitale.
  • Les abonnements (Commuter Pass) : Pour un résident, le choix est imposé par son trajet. Un abonnement 100 % JR nécessite une Suica, tandis qu'un trajet uniquement sur le métro ou une ligne privée exige une PASMO. Si votre trajet mélange les deux, les deux cartes sont compatibles.
  • Le design : C'est une question de goût ! La Suica est célèbre pour son pingouin sur fond vert, devenu une véritable icône, mais qui va bientôt disparaitre. La PASMO, elle, opte pour un style plus sobre et minimaliste avec ses logos de train et de bus roses.
© Kanpai!

Ma carte dématérialisée me permet non seulement de franchir les portiques des gares sans file d'attente, mais elle est acceptée comme moyen de paiement dans une multitude de situations quotidiennes : distributeurs automatiques, casiers de gare, taxis, et même dans certains commerces de proximité comme les konbini ou les boutiques de loisirs. J'ai d'ailleurs pu acquérir une figurine l'an dernier par ce biais. 

Gardez juste en tête qu'en dehors de la version dématérialisée sur smartphone, la recharge d'une carte IC physique en gare se fait encore majoritairement avec des billets de banque.

La carte Welcome Suica est valable 28 jours @ JR East

Le saviez-vous ? La carte Welcome Suica est une version de la célèbre carte IC destinée spécifiquement aux touristes de passage au Japon.

Contrairement à la version classique, elle ne nécessite aucun dépôt de garantie, mais elle possède une durée de validité limitée à 28 jours. 

À noter que le solde restant n'est pas remboursable : il est donc conseillé de bien l'épuiser avant votre départ.

 

Il en existe pléthore d'autres, citons : 

  • L'ICOCA (イコカ), également disponible sur le Wallet de l'iPhone, est la figure de proue des cartes IC dans la région du Kansai, incluant les villes d'Ōsaka, Kyōto et Kobe. Émise par la JR West, elle est l'équivalent direct de la Suica pour l'ouest du Japon. Son nom est un jeu de mots avec l'expression japonaise Iko ka (行こうか), qui signifie "On y va ?", et elle arbore fièrement une mascotte d'ornithorynque bleue.
  • Au-delà de cette icône du Kansai, le Japon dispose d'un vaste réseau de cartes régionales parfaitement compatibles entre elles. Sur l'île d'Hokkaidō, vous rencontrerez la Kitaca, reconnaissable à son petit écureuil volant, tandis que la région de Nagoya utilise principalement la TOICA ou la Manaca. Plus au sud, sur l'île de Kyūshū, ce sont les cartes SUGOCA, Nimoca ou encore la Hayakaken (propre au métro de Fukuoka) qui dominent le paysage des transports.

Toutes ces cartes fonctionnent sur le même principe : elles se rechargent aux bornes des gares et permettent de franchir les portillons sans effort. Depuis l'unification des systèmes en 2013, la barrière géographique n'existe pratiquement plus pour les voyageurs. Une carte achetée à Sapporo pourra tout aussi bien servir pour payer un bus à Hiroshima ou une boisson dans un distributeur à Tōkyō, simplifiant ainsi considérablement les déplacements à travers tout l'archipel. Pour exemple, en 2025, je n'ai utilisé que ma Suica sur Hokkaidō.

Le saviez-vous ? Les iPhone récents permettent de toujours pouvoir utiliser la Suica, l'ICOCA ou la PASMO en "Transport Express" après l'extinction de la batterie, ce qui sauve la mise aux portiques du métro (vous devez configurer le Transport express dans l'appli Cartes du téléphone). En revanche, cela ne fonctionne pas pour vos cartes bancaires Visa ou Mastercard : sans batterie et donc sans FaceID, le paiement en magasin est impossible.

Pour finir avec les cartes IC, vous l'avez peut-être lu, mais JR East a annoncé des changements pour la Suica pour cet automne 2026 :

  • La Mobile Suica intègrera une nouvelle fonction de paiement par code QR nommée Teppay
  • Pour rivaliser avec PayPay, ce nouveau système permettra des transactions dépassant largement les 20 000 ¥. On parle d'un plafond pouvant monter jusqu'à 300 000 ¥ (environ 1 800 €) pour certains comptes vérifiés, permettant enfin d'acheter des objets de valeur (électronique, luxe) avec son téléphone.
  • Le système de "pré-recharge" deviendra optionnel pour les détenteurs de certaines cartes japonaises, permettant un débit direct.

Toutefois, si on lit entre les lignes, ces nouveautés ne concerneront pas les touristes, puisqu'il faudra posséder un compte bancaire japonais... Dommage...

© WBS

La carte bancaire

Nous l'avons vu, l'utilisation de la carte bancaire au Japon n'est pas si simple que cela, mais elle reste le meilleur moyen d'obtenir des yens sur place. Mais attention aux frais ! En effet, selon votre banque (traditionnelle - comme la Caisse d'Épargne ou SG - ou néo banque - comme Revolut ou Fortuneo), votre contrat et votre carte, vous risquez d'avoir des frais de retrait ou de paiement (frais fixes + parfois des frais variables). Ces frais n'ont rien à voir avec les frais de la banque japonaise (voir plus bas).

Le retrait en ATM

La solution la plus fiable reste de loin les distributeurs automatiques (ATM) situés dans les konbini (magasins de proximité). Le roi des retraits est incontestablement 7-Eleven (7-Bank), dont les ATM sont omniprésents, acceptent toutes les cartes internationales (Visa, Mastercard, Amex, etc.) et proposent une interface en anglais.

Les ATM des réseaux E-net ou Lawson Bank dans les Lawson et FamilyMart sont également excellents pour les cartes étrangères. Les distributeurs de la Japan Post Bank ou des banques (Mizuho ou SMBC Trust Bank, par exemple) sont très fiables, souvent avec des frais moindres, mais attention aux horaires de fermeture.

Vous aurez automatiquement des frais liés à la banque japonaise elle-même. Par exemple pour 7-Eleven : 

  • 110 ¥ pour un retrait jusqu’à 10 000 ¥,
  • 220 ¥ pour un retrait de 20 000 ¥ ou plus.

J'ai payé la même chose en 2025 chez Mizuho. Les plafonds de retrait, eux, varient généralement entre 50 000 ¥ et 100 000 ¥ par opération.

Le Wallet ou "portefeuille électronique"

La plupart d'entre nous utilisons désormais le "Wallet" (comme Apple Pay ou Google Pay) pour régler sans contact via la technologie NFC. C'est super pratique pour ne pas sortir sa carte physique à chaque coin de rue, mais attention : ce n'est pas magique. Au Japon, il arrive encore souvent que le terminal d'un commerçant soit incompatible avec le sans-contact étranger. Et si votre batterie tombe à plat après une après-midi à mitrailler des lieux touristiques, vous vous retrouverez sans aucun moyen de paiement. Ne partez jamais sans votre carte physique et un peu de cash en secours.

Les applications de paiement japonaises

En vous baladant, vous verrez des logos PayPay, R Pay ou AU Pay absolument partout. C’est super pratique pour les locaux, mais pour les touristes, c’est une impasse. Comme l’explique très bien le site Kanpai!, ces applis sont réservées à ceux qui vivent sur place. Pour s'inscrire, il faut un numéro de mobile japonais et souvent une carte de résident. Bref, ne perdez pas votre temps à essayer de les installer.

© Voyages Japan (la vidéo est de 2024, certaines informations s'avèrent obsolètes, mais vous y trouverez des infos utiles)

Conclusion

Cela ne vous dit pas si vous devez privilégier le cash en voyage ? Bien entendu ! Comme indiqué en début d'article, ceci n'est pas un guide. Par contre, moi, c'est ce que je fais et pour toutes les raisons évoquées ici :

  • Je maîtrise mon budget,
  • Je suis toujours prêt, que ce soit dans un restaurant ou un konbini, pour acheter un gashapon ou jouer à une borne d'arcade...,
  • J'utilise la carte IC que j'ai rechargée avant de partir pour les transports,
  • J'évite les frais bancaires, hormis si je dois impérativement retirer de l'argent.
SOURCES

kanpai.frjapan.travel/frtourdumondiste.comana.co.jp/fr/

PHOTO DE COUVERTURE

© Photock

Le Japon : le pays du cash en 2026 ?
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