Le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient (International Military Tribunal for the Far East, IMTFE), plus connu sous le nom de "procès de Tokyo", constitue le principal procès des dirigeants japonais après la Seconde Guerre mondiale. Organisé par les puissances alliées, il se déroule du 3 mai 1946 au 12 novembre 1948 à Tokyo et s'inspire directement du Tribunal de Nuremberg. Son objectif est de juger les principaux responsables politiques et militaires de l'Empire du Japon pour leur rôle dans la guerre et les crimes commis en Asie-Pacifique.
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Après la capitulation du Japon le 15 août 1945, les Alliés souhaitent établir les responsabilités individuelles des dirigeants japonais, à l'image de ce qui est entrepris en Allemagne. Le tribunal est créé par le commandant suprême des forces alliées, le général Douglas MacArthur, conformément à la Déclaration de Potsdam, qui prévoit le jugement des criminels de guerre japonais.
Vingt-huit hauts responsables civils et militaires sont mis en accusation. Parmi eux figurent d'anciens Premiers ministres, ministres des Affaires étrangères, généraux et amiraux, dont Tōjō Hideki (東條英機), Premier ministre durant une grande partie de la guerre du Pacifique.
Les accusés sont poursuivis pour trois grandes catégories d'infractions :
Le tribunal réunit onze juges représentant les principales nations alliées : Australie, Canada, Chine, États-Unis, France, Inde, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Philippines, Royaume-Uni et Union soviétique.
Le procès dure plus de deux ans et demi. L'accusation présente des milliers de documents et d'éléments de preuve, tandis que plus de 400 témoins sont entendus. Les débats portent notamment sur l'invasion de la Mandchourie en 1931, la guerre sino-japonaise, l'attaque de Pearl Harbor, les mauvais traitements infligés aux prisonniers de guerre et les massacres commis dans les territoires occupés.
Le 12 novembre 1948, le tribunal rend son jugement.
Sur les 28 accusés :
Les peines prononcées sont les suivantes :
Dès son ouverture, le procès suscite des critiques qui perdurent aujourd'hui.
La principale concerne l'absence de poursuites contre l'empereur Hirohito (裕仁). Les autorités américaines, sous l'impulsion de Douglas MacArthur, estiment qu'il est préférable de préserver l'institution impériale afin de faciliter l'occupation et la reconstruction du Japon. Cette décision demeure l'un des aspects les plus débattus du tribunal.
Autre sujet de controverse : plusieurs responsables de l'Unité 731, impliqués dans des expérimentations humaines en Chine, ne sont jamais traduits devant le tribunal. Des recherches historiques montrent que les États-Unis ont accordé l'immunité à certains scientifiques en échange de leurs données sur la guerre biologique.
Enfin, plusieurs juges émettent des opinions dissidentes. La plus célèbre est celle du juge indien Radhabinod Pal, qui estime que le tribunal applique de manière rétroactive certaines notions juridiques et critique le fait que seuls les vaincus soient jugés. À l'inverse, cette opinion ne remet pas en cause la réalité des crimes commis par l'armée japonaise, mais porte sur la légitimité juridique du tribunal lui-même.
Moins connu que le procès de Nuremberg, le procès de Tokyo joue pourtant un rôle essentiel dans le développement du droit pénal international. Il contribue à renforcer le principe selon lequel les dirigeants politiques et militaires peuvent être tenus personnellement responsables des crimes commis pendant une guerre.
Son héritage reste néanmoins complexe. Les débats sur la responsabilité de l'empereur, le traitement différencié de certains criminels de guerre et le contexte de la guerre froide continuent d'alimenter les recherches historiques et les tensions mémorielles en Asie de l'Est.
Réalisé à l'approche du 80e anniversaire du procès (3 mai 1946 - 12 novembre 1948), le documentaire de Cédric Condon séduit avant tout par sa capacité à replacer le procès dans son contexte historique, à expliquer les enjeux juridiques du Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient et à mettre en lumière les tensions qui opposent les onze juges alliés. Il aborde également des sujets longtemps restés méconnus du grand public, comme le rôle du juge français Henri Bernard, l'opinion dissidente du juge indien Radhabinod Pal, l'immunité accordée à Hirohito ou encore le contexte politique de l'occupation américaine. Sur ces différents points, le documentaire s'appuie sur des faits largement établis par les historiens.
Il faut également souligner la richesse des archives mobilisées. Le film s'appuie sur de nombreuses images d'époque, dont certaines sont rarement diffusées, ainsi que sur les archives personnelles du juge Henri Bernard, représentant de la France. Ces documents permettent de suivre le déroulement du procès au plus près et apportent un éclairage précieux sur les débats entre les magistrats ainsi que sur le contexte de l'occupation du Japon.
Le documentaire défend la thèse selon laquelle le procès de Tokyo a progressivement été détourné de son objectif initial. Destiné à établir les responsabilités des dirigeants japonais et à affirmer les principes d'une justice internationale, il aurait été influencé par les intérêts stratégiques des États-Unis. La décision de préserver l'empereur, l'immunité accordée à plusieurs responsables de l'Unité 731 et l'évolution de la politique américaine avec le début de la guerre froide sont présentées comme les principaux exemples de cette réorientation.
Cette lecture est partagée par plusieurs historiens, même si d'autres estiment que, malgré ces compromis politiques, le tribunal a également contribué au développement du droit pénal international. Des chercheurs reconnus comme John W. Dower, Herbert P. Bix, Richard H. Minear et, plus récemment, Gary J. Bass montrent tous, à des degrés divers, que les impératifs géopolitiques américains ont profondément influencé le procès et, plus largement, l'occupation du Japon. La différence entre eux ne porte pas sur l'existence de cette influence, mais sur son ampleur et sur la question de savoir si elle invalide, ou non, la portée juridique et historique du Tribunal de Tōkyō. C'est précisément là que se situe le véritable débat historiographique.
Ce qui m'a également marqué est la manière dont le documentaire décrit les délibérations finales du tribunal. L'éviction temporaire de certains juges, dont le président, au moment des discussions sur les peines m'a profondément interpellé. Présentés comme le reflet des tensions internes et des pressions politiques qui entourent le procès, ces événements donnent l'image d'une justice où les considérations diplomatiques semblent parfois prendre le pas sur les principes d'impartialité. C'est probablement l'aspect du documentaire qui m'a le plus choqué. Il s'agit toutefois d'un point qui mérite d'être confronté aux travaux historiques consacrés au fonctionnement interne du tribunal.
En définitive, "Procès de Tokyo, le Nuremberg oublié" est un documentaire sérieux, bien réalisé et particulièrement utile pour découvrir un épisode souvent méconnu de l'après-guerre. Il soulève de véritables questions historiques et juridiques, sans prétendre y apporter une réponse définitive. Pour aller plus loin, il mérite d'être complété par la lecture d'ouvrages de référence, notamment ceux de John W. Dower, Herbert P. Bix, Richard H. Minear ou Gary J. Bass, malheureusement disponibles principalement en anglais.
Après la capitulation du Japon en août 1945, les préoccupations de la population sont avant tout la survie quotidienne. Les grandes villes sont dévastées par les bombardements, les infrastructures sont détruites, les pénuries alimentaires sont sévères et le marché noir devient indispensable pour se procurer de quoi vivre. À cela s'ajoutent des problèmes sanitaires majeurs : les autorités d'occupation et le gouvernement japonais doivent faire face à des épidémies de choléra, de typhus, de dysenterie et d'autres maladies infectieuses, favorisées par les mauvaises conditions d'hygiène et les déplacements massifs de population.
Dans ce contexte, le procès de Tokyo ne suscite qu'un intérêt limité auprès d'une grande partie de la population. La presse japonaise en rend compte, mais les préoccupations immédiates des habitants restent l'accès à la nourriture, au logement et aux soins. Les réformes engagées par l'occupation américaine – démocratisation, réforme agraire, nouvelle Constitution – occupent également une place importante dans l'actualité.
L'historien John W. Dower souligne que les Japonais vivaient alors dans ce qu'il appelle une période d'"embrasser la défaite" ("Embracing Defeat"), où les priorités étaient la reconstruction matérielle et morale du pays davantage que le suivi du procès. Richard H. Minear, spécialiste du Tribunal de Tōkyō, note lui aussi que l'impact du procès sur l'opinion publique japonaise est resté relativement limité durant son déroulement.
Sur France.TV (sur inscription) et sur la chaine Dailymotion de Mamadoushacooo.
Capture d'écran du reportage.