Après douze années passées dans la capitale nippone, Tuan, illustrateur suisse connu pour son regard sans concession sur l'archipel, a décidé de plier bagage pour retrouver sa Genève natale. Ce n'est pas une décision prise sur un coup de tête, mais le fruit d'une réflexion entamée dès 2020. Dans cette vidéo, il livre une analyse qui tranche avec les discours habituels sur l'expatriation, expliquant avec clarté que "si les conditions ne me plaisent plus, je ne me forcerai jamais à rester malgré mon amour pour le pays."
/image%2F6962016%2F20260209%2Fob_bbed3d_capture-d-e-cran-2026-02-09-a-16.png)
Son départ s'explique d'abord par une dimension humaine et un besoin de sincérité envers son propre parcours. À plus de quarante ans, le temps qui file devient une préoccupation majeure, surtout après avoir manqué des moments familiaux cruciaux à cause de la distance. Il confie d'ailleurs avec une grande honnêteté que "inconsciemment, le fait de vouloir revenir sans cesse au Japon jusqu’à y vivre, c’était une façon de revivre une partie de mon adolescence qui m’avait été arrachée. " Aujourd'hui, en rentrant en Suisse, il souhaite assumer ses responsabilités d'adulte et offrir à son épouse, Kiko, l'opportunité de découvrir l'Europe, ne voulant pas la priver d'une expérience internationale qu'il a lui-même eu la chance de vivre.
Mais au-delà du personnel, ce sont les rouages du système japonais qui ont fini par peser sur son quotidien. Tuan dépeint un envers du décor souvent ignoré par les visiteurs : celui d'une insécurité invisible faite de problèmes judiciaires dans son entourage et de mauvaises fréquentations. Il souligne un contraste saisissant entre l'image d'Épinal et la réalité institutionnelle, affirmant que "autant la surface et l’harmonie apparente du Japon sont magnifiques, autant ce qui est en dessous et au-dessus ne me convient plus." Il cite notamment des logiques d'exclusion administrative et des difficultés d'accès aux soins, illustrées par des refus de consultation en clinique en raison de son statut d'étranger.
Sur le plan économique, le constat est tout aussi pragmatique. En tant qu'indépendant, le fardeau fiscal et le coût des assurances santé lui semblaient disproportionnés par rapport à la qualité des soins reçus. Il utilise une métaphore frappante pour décrire cette pression financière : "J’avais un loyer supplémentaire pour un appartement auquel je n’avais pas accès en vérité." Face à une économie nippone stagnante et une pression administrative croissante, son regard sur son statut de résident a fini par s'assombrir, au point de déclarer : "J’ai commencé à percevoir les institutions nippones comme une grande Black Company. Et moi, en tant que résident, j’étais en fait leur employé."
Tuan quitte le Japon repu, avec le sentiment d'avoir bouclé la boucle et accompli son rêve d'enfant. Il conclut son témoignage par une réflexion sur la nécessité de savoir clore un chapitre au bon moment, plutôt que de s'acharner par habitude : "Pour moi, aimer le Japon, c’est aussi savoir quand le quitter. [...] Le secret d’un bon solo de guitare, c’est quand on sait s’arrêter." Il part par choix, satisfait du "banquet" qu'a été sa vie japonaise, mais bien décidé à ne plus subir la lourdeur d'un système qui ne lui correspond plus.
Au final, le parcours de Tuan nous rappelle qu'une expatriation réussie ne se mesure pas à sa longévité, mais à la capacité de rester en accord avec ses besoins personnels et les réalités d'un pays qui, malgré sa beauté, impose des règles systémiques rigides. Partir après douze ans n'est pas un renoncement, c'est l'acte de quelqu'un qui a su vivre son rêve jusqu'au bout et qui choisit de garder le contrôle sur son propre récit. En quittant le Japon au crescendo de son "solo de guitare", il préserve son lien avec l'archipel tout en s'offrant la liberté d'un nouvel horizon. Bravo !
© Tuan HollaBack
Sur la chaine Youtube de Tuan HollaBack.
Capture d'écran du reportage © Tuan HollaBack - 2026