Tōkyō est une ville que je redécouvre à chaque voyage. J’y vais systématiquement, peu importe mon itinéraire au Japon. Certains préfèrent la campagne japonaise, d’autres ne jurent que par Kyōto (京都) ou Nara (奈良), mais moi, je l’avoue sans hésiter : Tōkyō est incontournable.
Il y a quelque chose de fascinant dans cette mégapole tentaculaire. C’est un labyrinthe vivant, toujours en mouvement, où chaque quartier a son identité propre, son rythme, sa petite histoire. À peine sorti d’une station de métro, on change d’univers : les gratte-ciel de Shinjuku (新宿), l’élégance de Ginza (銀座), les néons de Shibuya (渋谷) ou encore l’ultramoderne Odaiba (お台場). Chaque coin de rue réserve une surprise.
Mais au-delà de ses contrastes évidents, Tōkyō recèle aussi une foule de petits secrets que l’on ne découvre qu’avec le temps ou après plusieurs séjours. C’est une "ville" qui s’apprivoise, qui ne se donne pas toute entière d’un coup, et c’est aussi pour ça que je l’aime tant. Elle ne cesse de me surprendre.
Voici donc dix faits étonnants ou méconnus sur cette métropole hors norme qui n’a pas fini de me dévoiler ses mystères.
En 1868, au moment de la restauration Meiji (明治維新), l’Empereur Meiji (明治天皇) quitte alors Kyōto pour venir s’installer à Edo (江戸), l’ancienne cité des Shōgun Tokugawa. Ce déménagement marque une rupture historique. Edo est alors rebaptisée Tōkyō, littéralement "la capitale de l’Est", pour faire écho à Kyōto, que l'on peut traduire par "ville capitale". Ce changement de nom symbolise un transfert du centre politique du pays. Mais aucune loi, aucun décret impérial ne vient officialiser ce changement de capitale. Tōkyō est simplement devenue le siège du gouvernement, de l’Empereur, des institutions politiques et de la Cour suprême, ce qui a suffi à lui donner un rôle de capitale de fait.
Encore aujourd’hui, le droit japonais ne comporte aucun article définissant explicitement la capitale du pays. Il existe bien une "loi sur la planification de la capitale nationale" (首都機能移転に関する法律) votée en 1992, mais elle parle de la fonction de capitale, sans jamais nommer Tōkyō.
Vous l'avez également remarqué, les médias français, pour ne citer qu'eux, citent toujours la capitale du Japon comme "La ville de Tokyo"... Erreur que beaucoup font, mais qui s'avère fausse... depuis 82 ans....
En effet, en 1943, une réforme administrative majeure transforme la région : la ville de Tōkyō fusionne avec la préfecture du même nom pour former la métropole de Tōkyō (東京都). Cette entité combine les fonctions d’une ville et d’une préfecture, un statut unique au Japon. Depuis, Tōkyō n’est plus une ville au sens classique, mais une métropole regroupant 23 arrondissements spéciaux (区), chacun ayant un certain degré d’autonomie, ainsi que 26 villes, des villages et districts périphériques.
Cette organisation permet de gérer plus efficacement une zone extrêmement urbanisée et peuplée.
Le Grand Tokyo regroupe non seulement la métropole de Tōkyō, mais également les préfectures voisines de Kanagawa (神奈川県), Saitama (埼玉県) et Chiba (千葉県). Cette vaste zone urbaine constitue la plus grande agglomération au monde, avec environ 37,4 millions d’habitants d’après les chiffres officiels de 2020 du Bureau statistique du gouvernement japonais (総務省統計局). En comparaison, celle de Delhi comprend 32 millions d'habitants.
C’est un véritable mégapole où vivent et travaillent quotidiennement des dizaines de millions de personnes, et ce dynamisme démographique en fait un centre politique, économique et culturel majeur au niveau mondial.
La mégalopole japonaise, elle, couvre une immense bande urbaine continue qui s’étire de la préfecture d’Ibaraki (茨城県), au nord-est de la région du Kantō, jusqu’à Fukuoka (福岡県) sur l’île de Kyūshū. On parle parfois de cette entité comme de la "dorsale japonaise", une colonne vertébrale économique et démographique qui concentre la majorité des activités du pays. C’est aujourd’hui la plus longue mégalopole linéaire du monde, et la troisième plus grande concentration urbaine derrière la côte Est des États-Unis (de Boston à Washington D.C.) et la dorsale européenne (de Londres à Milan).
Durant la guerre froide, des stations du métro de Tōkyō ont été renforcées pour pouvoir servir de refuges en cas d’attaque nucléaire. Le Tokyo Metropolitan Government Bureau of Transportation (東京都交通局) indique que plusieurs stations disposent d’infrastructures adaptées pour accueillir la population en cas d’urgence, notamment des entrées blindées et des zones de protection souterraines.
Il ne s’agirait pas de simples abris temporaires. Plusieurs stations seraient conçues avec des entrées renforcées, parfois blindées, capables de résister à une explosion de forte intensité. Certaines disposent également de systèmes de filtration de l’air, de réserves d’eau, et de zones sécurisées où la population pourrait théoriquement rester confinée plusieurs heures, voire plusieurs jours. Ces aménagements ne sont pas visibles au premier coup d’œil, mais ils existent bel et bien, comme le confirment aujourd’hui encore les publications officielles du TMG.
Je n’ai pas trouvé de liste exhaustive – et pour cause, ces informations restent partiellement confidentielles. Toutefois, les stations de la ligne Toei Ōedo (et la Chiyoda Line) se trouvent généralement à plus de 40 mètres sous terre — par exemple, Roppongi à 42,3 m, Kokkai-gijidō‑mae à 37,9 m — ce qui alimente les spéculations sur leur usage comme refuges anti‑nucléaires.
Se déplacer à Tōkyō, c’est profiter d’un réseau ferroviaire immense et ultra-efficace. Avec environ 3 100 kilomètres de voies, la région métropolitaine de Tōkyō possède l’un des systèmes de transport les plus étendus au monde. Que ce soit pour aller travailler, faire ses courses ou sortir en soirée, le train est ici une évidence.
Le réseau est partagé entre plusieurs compagnies, comme la JR East (東日本旅客鉄道), qui gère des lignes majeures comme la Yamanote (山手線), la fameuse boucle verte qui traverse les principaux quartiers de la ville. Ensuite, il y a le métro de Tōkyō, qui regroupe Tokyo Metro (東京メトロ) et Toei (都営地下鉄). Ensemble, ils couvrent tous les recoins de la capitale, du plus ancien au plus moderne.
De nombreuses compagnies privées comme Odakyū (小田急), Keiō (京王), Tōkyū (東急) ou Seibu (西武) desservent les banlieues et permettent de rejoindre rapidement les alentours de Tōkyō. Le tout fonctionne presque comme un seul et même système. Il arrive même qu’un train passe d’une ligne à l’autre sans que l’on ait besoin de changer de rame.
Tōkyō est souvent perçue comme une ville homogène, mais en réalité, elle abrite une diversité culturelle importante. La communauté étrangère la plus importante dans la métropole est celle des ressortissants chinois. En 2023, ils représentent environ 20 % des résidents étrangers à Tōkyō, soit plus de 150 000 personnes officiellement enregistrées, sans compter les non-inscrits. Ces populations sont concentrées dans plusieurs quartiers comme Ikebukuro (池袋), Shinjuku (新宿) et Taitō (台東) où l’on trouve une abondance de commerces, restaurants et écoles chinoises.
Les autres communautés importantes sont les Coréens, avec environ 100 000 résidents, ainsi que les Philippins, Brésiliens d’origine japonaise, et Vietnamiens, souvent liés aux secteurs industriel et des services. Cette présence étrangère dynamique contribue à faire de Tōkyō une métropole cosmopolite, aux multiples facettes culturelles, loin des clichés d’une ville uniformément japonaise.
Les chiffres varient selon les sources, mais les français seraient environ 10 000 sur l'archipel.
La gare de Shinjuku (新宿駅) détient le record mondial de fréquentation, avec environ 3,64 millions de passagers quotidiens en 2019. Elle dessert plus de 30 lignes ferroviaires, dont la JR Yamanote (山手線), les lignes Odakyū (小田急), Keiō (京王), Seibu (西武) et même plusieurs lignes Toei (都営地下鉄), sans compter le métro, les bus... ce qui en fait un carrefour majeur du transport urbain.
On dit que Shinjuku ne dort jamais, et sa gare est à son image. Un endroit impressionnant, mais fascinant, que je recommande aux voyageurs qui veulent ressentir l’énergie unique de la capitale japonaise.
Ce festival shinto se déroule sur trois jours en mai dans le quartier d’Asakusa (浅草), autour du célèbre sanctuaire Sensō-ji (浅草寺). Le dimanche, jour principal, jusqu’à 1,5 million de personnes participent aux processions de mikoshi (神輿) et aux festivités, faisant du Sanja Matsuri l’un des événements les plus populaires du Japon.
En 2025, le Guide Michelin Tokyo recense environ 169 restaurants étoilés, toutes catégories confondues (1, 2 ou 3 étoiles), sans oublier les Bib gourmands (109). C’est plus que Paris (134) ou New-York (72). C’est dire à quel point la capitale japonaise rayonne dans le monde de la haute cuisine.
On y trouve évidemment des restaurants de cuisine kaiseki (懐石料理), cette forme traditionnelle où chaque plat célèbre la nature et la saison. Mais aussi des établissements spécialisés dans le soba (そば), le tempura (天ぷら), les sushi (寿司) ou encore les cuisines étrangères revisitées à la japonaise. Même de petites adresses discrètes, parfois tenues par un seul chef derrière un comptoir de bois, peuvent décrocher une ou deux étoiles.
Selon le site officiel de la Métropole de Tōkyō (東京都) et son bureau du tourisme, Tōkyō compterait environ 150 musées couvrant des thématiques variées : art, histoire, sciences, culture pop, industrie, nature... Mais également de plus insolites, comme le Musée des parasites (寄生虫館), à Meguro ou celui du caca (うんこミュージアム), à Odaiba.
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