Diffusé le 7 février 2024 sur TMC dans le cadre des "Reportages de Martin Weill", "Le Japon : le péril jeune" s'intéresse à l'une des grandes préoccupations du Japon contemporain, le déclin démographique. Découpé en deux parties, le documentaire suit Martin Weill dans un pays confronté à un vieillissement important de sa population et à une natalité particulièrement faible.
Pendant près d'une heure et demie, le journaliste cherche à comprendre pourquoi les Japonais se marient moins, pourquoi le nombre de naissances diminue et quelle place occupent désormais le couple, la sexualité et la vie de famille dans une société qui a longtemps fait du mariage le cadre privilégié de la vie adulte. Le reportage s'intéresse également à la solitude et à différentes formes de vie en solo, jusqu'aux hikikomori (引きこもり), ces personnes qui vivent durablement en retrait de la société.
Le sujet est vaste et particulièrement complexe. C'est justement ce qui rend le documentaire intéressant, mais aussi parfois frustrant. Après avoir regardé les deux parties, j'en retiens un reportage qui apporte de nombreux éléments intéressants et qui cherche réellement à comprendre les transformations de la société japonaise, mais qui n'échappe pas toujours aux clichés habituellement associés au Japon dans les médias occidentaux.
Martin Weill explore le Japon face à une crise démographique majeure. Entre seniors actifs et jeunes en quête d'identité, le pays connaît un bouleversement sociétal. La chasse à l'époux, les tests génétiques et la vie en solo deviennent des alternatives au modèle traditionnel. Le reportage révèle un Japon en pleine mutation, où la solitude et l'isolement gagnent du terrain.
J'ai trouvé "Le Japon : le péril jeune" intéressant dans son ensemble. Le sujet est évidemment passionnant et le documentaire a le mérite de ne pas se contenter de dresser un simple constat démographique. Martin Weill et son équipe cherchent à comprendre ce qui se cache derrière les chiffres et à expliquer pourquoi une partie de la population japonaise s'éloigne progressivement du modèle traditionnel du mariage et de la famille.
J'ai également apprécié la présence de plusieurs intervenants qui permettent de nuancer le propos. Le documentaire ne laisse pas systématiquement Martin Weill tirer seul les conclusions de ce qu'il découvre et fait appel à des anthropologues, à un sociologue ou encore à des personnes qui connaissent particulièrement bien la société japonaise. Leurs interventions permettent parfois de remettre les situations présentées dans leur contexte, voire d'abonder dans le sens du reportage lorsque les faits présentés sont effectivement révélateurs d'une évolution de la société japonaise. Parmi eux figure notamment Aline Henninger, maîtresse de conférences en langue et civilisation japonaises à l'Université d'Orléans, spécialiste notamment des questions de genre, de sexualité et de société japonaises.
Si elle est quelque peu marginale, la présence de Tokyo No Jo est également intéressante. Ce vidéaste japonais installé en France est suivi par plusieurs centaines de milliers de personnes et s'est notamment fait connaître en expliquant les différences culturelles entre les deux pays. Japan Expo le présentait ainsi comme un créateur dont les vidéos cherchent notamment à "casser les clichés" sur le Japon.
Mais c'est justement sur cette question des clichés que le documentaire m'a parfois laissé plus réservé.
Certaines séquences sont particulièrement révélatrices. Je pense notamment à celle consacrée aux personnes qui choisissent de vivre avec une poupée sexuelle. Le phénomène existe et peut évidemment être intéressant lorsqu'on cherche à parler de solitude, de sexualité ou de nouvelles formes de relations. Mais je me suis tout de même demandé quelle était sa place dans un documentaire consacré avant tout à la crise démographique japonaise.
Cette séquence est spectaculaire, elle interpelle immédiatement le téléspectateur et correspond parfaitement à certaines représentations que les médias occidentaux aiment mettre en avant lorsqu'ils parlent du Japon. Pour autant, elle ne me semble pas forcément apporter beaucoup d'éléments permettant de comprendre pourquoi les Japonais se marient moins ou pourquoi le nombre de naissances diminue. J'ai donc parfois eu le sentiment que certaines séquences étaient davantage destinées à attirer l'attention qu'à approfondir réellement le sujet.
Il ne faut toutefois pas tomber dans l'excès inverse. Le fait qu'une situation soit spectaculaire ne signifie pas qu'elle soit fausse ou qu'elle n'ait aucune valeur documentaire. La question est plutôt celle de sa place et de son importance dans le récit. Et c'est là que le reportage aurait, à mon sens, parfois pu aller plus loin.
Car derrière les situations les plus étonnantes, le documentaire traite finalement d'un sujet beaucoup plus sérieux : la transformation du rapport des Japonais au couple, au mariage, à la sexualité et à la famille. La solitude n'est qu'une partie de cette histoire et la crise démographique japonaise ne peut évidemment pas être réduite à quelques phénomènes particulièrement médiatiques.
C'est également pour cette raison que j'aurais aimé voir davantage de spécialistes japonais de la société japonaise intervenir dans le documentaire. Ce n'est évidemment pas parce qu'un chercheur japonais serait nécessairement plus pertinent qu'un chercheur français. Mais un sociologue ou un anthropologue travaillant au Japon, avec une connaissance approfondie de la société japonaise contemporaine, aurait probablement pu apporter un regard complémentaire à celui des spécialistes français.
Le documentaire reste malgré tout accessible et cohérent avec son public. Il ne s'adresse pas à des personnes qui connaissent déjà bien la société japonaise, mais à un public généraliste de TMC. Il faut donc évidemment expliquer les phénomènes, montrer des situations susceptibles d'intéresser le téléspectateur et construire un récit compréhensible en relativement peu de temps. De ce point de vue, le choix de certaines séquences se comprend.
C'est donc davantage une question de profondeur que de véracité. Le Japon : le péril jeune" ne raconte pas n'importe quoi, mais il utilise parfois des images et des situations que l'on a déjà beaucoup vues lorsqu'il est question du Japon contemporain.
Et c'est finalement ce qui me laisse l'impression d'un documentaire intéressant, mais qui aurait pu aller encore plus loin. Il pose de bonnes questions, donne la parole à différents intervenants et permet au grand public de découvrir des évolutions importantes de la société japonaise. Mais il reste parfois prisonnier des ressorts classiques du reportage consacré au Japon, entre situations insolites, solitude extrême et phénomènes sociaux particulièrement photogéniques.
Cela ne m'empêche donc pas de conseiller de le regarder. Au contraire. Mais il vaut mieux le prendre pour ce qu'il est : un documentaire de société destiné au grand public, qui propose une porte d'entrée intéressante sur la crise démographique japonaise, plutôt qu'une étude exhaustive de ses causes.
Titre : Le Japon : le péril jeune
Collection : Les reportages de Martin Weill
Présentateur : Martin Weill
Production : Bangumi
Chaîne : TMC
Date de diffusion : 7 février 2024
Genre : Documentaire, société
Format : 2 parties
Durée : 31 min 42 pour la première partie et 56 min 23 pour la seconde, soit environ 1 h 28 au total.
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Bande annonce
univ-orleans.fr, tf1.fr/tmc, paris.japan-expo.com
Capture d'écran © Bangumi