Perché sur une colline dominant la rivière Kiso (木曽川), Inuyama-jō (犬山城) compte parmi les douze donjons japonais d'origine encore conservés aujourd'hui. Plus petit et moins monumental que Himeji-jō (姫路城), il possède pourtant un caractère exceptionnel : son tenshu (天守), classé Trésor national, conserve une grande partie de sa structure ancienne et offre depuis son dernier niveau une vue spectaculaire sur la rivière et la plaine de Nōbi. La visite est également l'occasion de découvrir un château à l'histoire particulièrement mouvementée, étroitement liée à Oda Nobunaga (織田信長), Toyotomi Hideyoshi (豊臣秀吉) et Tokugawa Ieyasu (徳川家康). Malgré ses dimensions modestes, Inuyama-jō constitue ainsi l'un des exemples les plus intéressants de château japonais encore conservé.
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L'histoire d'Inuyama-jō commence en 1537, lorsque Oda Nobuyasu (織田信康), oncle d'Oda Nobunaga, fait établir un château sur l'emplacement actuel. Le site n'est toutefois pas choisi au hasard. Situé à l'extrémité nord de la province d'Owari (尾張国), le château domine la rivière Kiso et se trouve à la jonction entre les montagnes en amont et les plaines de la région de Nōbi. La rivière constitue alors une importante voie de circulation, notamment pour le transport du bois provenant de la région de Kiso, tandis qu'elle marque également la frontière avec la province de Mino (美濃国).
La position stratégique du château explique les nombreux changements de seigneur qu'il connaît pendant l'époque Sengoku (戦国時代). En 1565, Oda Nobunaga attaque Inuyama-jō avec une armée d'environ 6 000 hommes afin de reprendre le contrôle du château à Oda Nobukiyo (織田信清), qui s'oppose à son autorité. Nobukiyo abandonne alors la forteresse et s'enfuit vers la province de Kai (甲斐国). Inuyama passe ensuite entre les mains d'Ikeda Tsuneoki (池田恒興), un important vassal de Nobunaga.
En 1584, Inuyama-jō se retrouve au cœur de la campagne de Komaki et Nagakute (小牧・長久手の戦い), qui oppose Toyotomi Hideyoshi à Tokugawa Ieyasu et Oda Nobukatsu (織田信雄). Les forces de Hideyoshi prennent possession du château, qui devient l'une de leurs bases avancées. Hideyoshi lui-même séjourne alors à Inuyama. La campagne ne permet toutefois pas à l'un des deux camps d'obtenir une victoire décisive et se termine finalement par un accord politique.
À la veille de la bataille de Sekigahara (関ヶ原の戦い), en 1600, Inuyama-jō retrouve une importance stratégique considérable. Ishikawa Sadakiyo (石川貞清), alors seigneur du château et partisan de Toyotomi Hideyoshi, rejoint l'armée occidentale d'Ishida Mitsunari (石田三成). La forteresse devient ainsi une base importante du camp opposé à Tokugawa Ieyasu. Après la victoire de ce dernier à Sekigahara, le château passe sous le contrôle de ses alliés.
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En 1617, Inuyama-jō revient à Naruse Masanari (成瀬正成), vassal des Tokugawa d'Owari. Le clan Naruse conserve ensuite le château pendant toute l'époque d'Edo. C'est sous son contrôle que la forteresse connaît d'importantes transformations qui donnent au donjon une grande partie de son apparence actuelle.
La restauration de Meiji (明治維新) constitue une période particulièrement difficile pour Inuyama-jō. En 1871, après l'abolition des domaines féodaux, le château devient propriété de la préfecture d'Aichi. Comme beaucoup d'autres forteresses japonaises, il est alors en grande partie démantelé. Le donjon échappe cependant à la destruction. Plusieurs portes provenant de l'ancien château sont également conservées après leur déplacement vers différents temples de la région.
En 1891, le grand séisme de Nōbi, d'une magnitude estimée à 8,4, endommage gravement le donjon. Une partie de la structure s'effondre. En échange de la restitution du château au clan Naruse en 1895, celui-ci accepte d'assurer sa restauration et son entretien. Des dons du clan et des habitants d'Inuyama permettent de financer les travaux.
Le château subit encore des dégâts lors du typhon Vera, également appelé typhon d'Isewan, en 1959. Une importante campagne de restauration se déroule alors entre 1961 et 1965. Les travaux s'appuient sur les documents historiques et permettent notamment de restaurer le donjon en respectant son architecture traditionnelle.
Inuyama-jō bénéficie du statut de Trésor national depuis 1935 et conserve cette désignation après la Seconde Guerre mondiale, en 1952, dans le cadre de la nouvelle législation sur la protection des biens culturels. Il fait aujourd'hui partie des douze châteaux dont le donjon d'origine est encore conservé.
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Inuyama-jō est un hirayamashiro (平山城). Il est construit sur une colline abrupte appelée Shiroyama (城山), qui domine la rivière Kiso d'environ 85 mètres. Cette position naturelle constitue le principal élément défensif du château : au nord, la rivière et le relief montagneux rendent l'approche particulièrement difficile, tandis que les autres côtés sont protégés par des douves, des remblais et des fortifications.
Le château possède autrefois un vaste système défensif comprenant plusieurs enceintes, des douves et cinq barrières successives protégeant l'accès au honmaru (本丸), l'enceinte principale. Les enceintes de Honmaru, Sugi-no-maru (杉の丸), Momi-no-maru (樅の丸), Kiri-no-maru (桐の丸) et Matsu-no-maru (松の丸) s'organisent progressivement autour de la partie la plus élevée du site. Une grande partie de ces fortifications disparaît après la restauration de Meiji, mais le relief et certains vestiges permettent encore d'en comprendre l'organisation.
Le tenshu constitue naturellement le point culminant de la visite. Il présente trois niveaux extérieurs, quatre étages intérieurs et deux niveaux en sous-sol, une particularité qui explique pourquoi le nombre d'étages visibles depuis l'extérieur ne correspond pas au nombre réel de niveaux. Son architecture appartient au type bōrō-gata (望楼型), dans lequel une tour d'observation est installée au-dessus d'une structure inférieure plus ancienne. Ce système est caractéristique des premiers grands donjons japonais.
L'un des éléments les plus intéressants se trouve justement sous le donjon. L'anagura (穴蔵), accessible par un passage étroit, constitue une partie ancienne de la structure défensive. Le visiteur doit emprunter un espace resserré avant d'atteindre les niveaux supérieurs, ce qui permet de comprendre comment l'architecture du château peut également servir à ralentir et désavantager un éventuel assaillant.
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Le donjon conserve également de nombreuses traces des techniques de construction traditionnelles. Les piliers présentent notamment des marques laissées par l'oga, une ancienne scie utilisée depuis l'époque médiévale, tandis que certains éléments sont assemblés à l'aide de kakukugi (角釘), des clous carrés. Ces détails sont particulièrement intéressants à observer lors de la visite.
L'architecture militaire est également très présente. Les murs comportent des ouvertures destinées au tir des arcs et des armes à feu, tandis que les bretèches permettent aux défenseurs de lancer des pierres ou d'autres projectiles sur les assaillants. Le tsukeyagura (付櫓), bâtiment accolé au donjon, renforce lui aussi la défense de l'entrée.
Le dernier niveau est sans doute la partie la plus spectaculaire. Une corniche entourée d'une balustrade fait le tour du bâtiment et offre une vue à 360 degrés. Inuyama-jō est le seul des cinq donjons classés Trésors nationaux à posséder une telle configuration. Par beau temps, le regard porte sur la plaine de Nōbi, la rivière Kiso, le mont Komaki et, au loin, le château de Gifu.
Les katōmado (花頭窓), fenêtres en forme de cloche inspirées de l'architecture bouddhique, constituent enfin l'un des éléments décoratifs les plus remarquables du donjon. Elles ne sont pas conçues comme des ouvertures militaires mais participent à l'affirmation du prestige du seigneur.
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La visite d'Inuyama-jō commence véritablement avant même d'atteindre le donjon. Depuis la ville-château, le parcours monte progressivement vers Shiroyama. Trois itinéraires permettent d'atteindre l'entrée : le parcours historique d'Otemichi, celui qui passe par le sanctuaire Sanko Inari (三光稲荷神社) et celui qui traverse les abords du sanctuaire Haritsuna (針綱神社).
Le château est beaucoup plus petit que Himeji-jō, mais cette taille réduite constitue presque un avantage. La visite est plus courte et permet de se concentrer sur les éléments réellement conservés. L'ascension jusqu'au donjon se fait par des escaliers et des passages qui donnent rapidement une idée de l'aspect défensif de la forteresse.
À l'intérieur, il ne faut évidemment pas s'attendre à trouver un palais richement meublé. Le tenshu est avant tout une structure militaire, conçue comme poste d'observation et comme dernier refuge en cas de siège. Les vastes espaces sont destinés aux défenseurs, aux armes et à la circulation des guerriers. L'armurerie et les larges couloirs du premier étage permettent notamment d'imaginer le fonctionnement de la tour en période de conflit.
La montée est assez physique, notamment dans les derniers niveaux où les escaliers deviennent particulièrement raides. Mais elle constitue aussi l'un des intérêts de la visite : on conserve ici une véritable sensation de château ancien, loin des bâtiments reconstruits en béton que l'on rencontre dans d'autres villes japonaises.
Le dernier étage est le point culminant de la visite. La galerie extérieure permet de faire le tour du donjon et offre une vue spectaculaire sur la rivière Kiso et les paysages environnants. Le panorama permet surtout de comprendre immédiatement l'intérêt stratégique de l'emplacement choisi pour le château.
La ville-château
Votre visite ne devrait pas s'arrêter au château. Inuyama conserve une partie de son ancienne jōkamachi (城下町), organisée autour de la forteresse. La rue principale permet de rejoindre le pied de la colline depuis la gare et conserve plusieurs bâtiments traditionnels ainsi que des commerces.
Faute de temps, je n'ai pas pu la visiter comme il l'aurait fallu, c'est pourquoi Inuyama fera partie du séjour qui me ramènera à Nagoya en 2028 ou 2029.
Sanko Inari-jinja (三光稲荷神社)
Le parcours vers le château peut également passer par Sanko Inari-jinja, installé au pied de Shiroyama. Le sanctuaire est notamment connu pour ses croyances liées à l'amour et au mariage. Il constitue une étape facile à intégrer à la visite avant de poursuivre l'ascension vers le château.
Haritsuna-jinja (針綱神社)
Une autre possibilité consiste à emprunter le chemin passant par Haritsuna-jinja. Le sanctuaire possède une histoire de plus de 1 000 ans et se trouve lui aussi au pied du château. Ce parcours permet de combiner la découverte du patrimoine religieux d'Inuyama avec celle de la forteresse.
Pour une première découverte, je recommande donc de ne pas considérer Inuyama-jō comme une simple excursion consacrée à son donjon. La promenade dans la jōkamachi et le passage par l'un des deux sanctuaires permettent de mieux comprendre le rapport entre le château, la ville et le paysage.
Depuis Nagoya (名古屋), le moyen le plus simple consiste à prendre la ligne Meitetsu jusqu'à la gare d'Inuyama. Les trains Rapid Limited Express et Limited Express relient Meitetsu Nagoya à Inuyama en environ 25 minutes.
Depuis Kyōto (京都) ou Ōsaka (大阪), il faut d'abord rejoindre Nagoya, notamment en Shinkansen, puis poursuivre avec la ligne Meitetsu.
Depuis la gare d'Inuyama, le château se rejoint à pied en environ 20 minutes. Le parcours traverse la ville-château avant d'atteindre le pied de Shiroyama. Le donjon apparaît progressivement au-dessus des maisons, ce qui rend l'approche particulièrement agréable.
Adresse : 65 Inuyama Kitakoken, Inuyama-shi, Aichi
Horaires : De 9 heures à 17 heures, dernière entrée à 16 h 30 (fermé du 29 au 31 décembre).
Tarif adulte : 1 000 ¥.
Temps de visite moyen : Environ 1 h 30 pour le château. Prévoir davantage si vous ajoutez la ville-château et les sanctuaires.
Il y avait foule le jour de la visite © Le Japon et moi - 2026
HORS MENTION CONTRAIRE, LES PHOTOS DE CET ARTICLE ONT ÉTÉ PRISES PAR DOMINIQUE POUR LE JAPON ET MOI