Perché sur une petite colline au cœur de la plaine de Sakai, Maruoka-jō (丸岡城) possède une silhouette bien différente des grands châteaux japonais. Son donjon, qui compte parmi les douze tenshu d'origine encore conservés au Japon, présente une architecture particulièrement ancienne et austère.
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Maruoka-jō est construit en 1576, pendant l'époque Sengoku (戦国時代), sur ordre d'Oda Nobunaga (織田信長). Son édification revient à Shibata Katsutoyo (柴田勝豊), neveu de son puissant général Shibata Katsuie (柴田勝家). Le château sert notamment à renforcer la présence d'Oda dans la région et à se prémunir contre les soulèvements des Ikkō-ikki (一向一揆), particulièrement actifs dans la province d'Echizen (越前国).
Shibata Katsutoyo reste toutefois peu de temps à Maruoka. Après plusieurs changements politiques à la fin de l'époque Sengoku, le château passe entre les mains de différents seigneurs. Parmi eux figurent Aoyama Masanao (青山正直) et Aoyama Munekatsu (青山宗勝). Ce dernier prend le parti du camp occidental lors de la bataille de Sekigahara (関ヶ原の戦い) en 1600 et perd ses territoires après la victoire de Tokugawa Ieyasu (徳川家康).
Après Sekigahara, le domaine de Maruoka entre dans l'orbite de la maison des Matsudaira de Fukui. En 1613, Honda Narishige (本多成重) devient seigneur de Maruoka. Il joue un rôle déterminant dans le développement du domaine et devient en 1624 le premier daimyō du nouveau domaine de Maruoka. Le clan Honda conserve le contrôle du territoire pendant quatre générations.
Les Honda ne se contentent pas de gérer le château. Ils développent également la ville située à ses pieds et améliorent les infrastructures hydrauliques du domaine. Maruoka devient progressivement une véritable jōkamachi (城下町), une ville organisée autour du château, dont le tracé historique reste en partie perceptible aujourd'hui. Le site officiel propose d'ailleurs une ancienne carte de la ville datant du XVIIe siècle permettant de comparer l'organisation de l'époque avec la ville actuelle.
En 1695, le clan Honda perd le domaine à la suite d'un conflit interne. Les Arima (有馬氏) prennent alors le contrôle de Maruoka. Ils restent seigneurs du domaine jusqu'à la fin de l'époque féodale et connaissent huit générations de daimyō. Parmi eux, Arima Shigeyoshi (有馬誉純) occupe une place particulière : il reste près de cinquante ans à la tête du domaine et mène plusieurs réformes fiscales, mais soutient également l'éducation et la culture. Une école du domaine, la Heishōkan (平章館), ouvre ainsi en 1804.
La fin de l'époque d'Edo voit également Maruoka se préparer aux menaces venues de la mer. En 1852, le domaine construit une batterie côtière à Kajiura afin de se préparer à l'éventualité de l'arrivée de navires étrangers. Ses vestiges sont encore visibles aujourd'hui.
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La restauration de Meiji (明治維新) bouleverse complètement l'organisation du domaine. En 1871, l'abolition des domaines féodaux entraîne la disparition du domaine de Maruoka et le départ d'Arima Michizumi (有馬道純) pour Tōkyō. Le château est alors démantelé et ses différents bâtiments sont vendus. Les portes, les bâtiments administratifs et les autres constructions disparaissent progressivement. Seul le donjon reste sur la colline.
La survie du donjon tient notamment à l'attachement des habitants de Maruoka. Des habitants se mobilisent pour le préserver, allant jusqu'à réunir des fonds pour le racheter. Le bâtiment connaît ensuite différentes utilisations avant de devenir un symbole local. En 1934, il reçoit le statut de trésor national selon la législation de l'époque, puis devient Bien culturel important en 1952 à la suite de l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la protection des biens culturels.
Le plus grand drame de l'histoire récente de Maruoka-jō survient le 28 juin 1948. Le séisme de Fukui, d'une magnitude de 7,1, frappe directement la région. Le donjon s'effondre avec une grande partie de ses fondations en pierre. La destruction semble alors définitive.
Pourtant, les habitants refusent de voir disparaître le symbole de leur ville. Une vaste mobilisation permet de réunir les fonds nécessaires à la reconstruction. Un élément décisif joue en faveur du projet : une importante campagne de restauration vient d'être menée avant le séisme, entre 1940 et 1942, et sa documentation permet de connaître précisément l'état du bâtiment avant la catastrophe.
Les travaux de reconstruction commencent en 1951 et s'achèvent en 1955. Ils réutilisent plus de 70 % des principaux éléments en bois, notamment les piliers et les poutres récupérés dans les décombres. Le donjon retrouve ainsi son apparence antérieure au séisme. Cette reconstruction constitue un cas exceptionnel parmi les douze tenshu d'origine : Maruoka-jō est le seul dont le donjon s'effondre entièrement avant d'être reconstruit à partir d'une proportion aussi importante de matériaux anciens.
Aujourd'hui encore, cette histoire explique pourquoi Maruoka-jō est souvent présenté comme un "château miraculeusement restauré". Le bâtiment visible aujourd'hui n'est donc pas entièrement constitué de matériaux neufs : une grande partie de sa structure provient bien du château qui s'effondre en 1948.
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Maruoka-jō est un hirayamashiro (平山城), un château installé sur une hauteur dominant la plaine environnante. Sa position permet de surveiller la campagne d'Echizen tout en bénéficiant d'un relief naturel favorable à la défense.
Le château qui existe à l'époque féodale est beaucoup plus vaste que ce que laisse aujourd'hui imaginer le seul donjon. Plusieurs enceintes, douves, portes, bâtiments administratifs et ouvrages défensifs entourent alors le honmaru (本丸). Une grande partie de cet ensemble disparaît après la restauration de Meiji. Les douves sont notamment comblées progressivement entre l'époque de Meiji et celle de Shōwa, mais certaines traces du système hydraulique restent visibles dans la ville.
Le tenshu constitue aujourd'hui l'élément principal du château. Son architecture présente un caractère particulièrement ancien. Il appartient au type bōrō-gata (望楼型), avec une structure relativement basse surmontée d'un étage d'observation. Il s'agit d'un donjon de trois niveaux, avec un intérieur en bois d'origine et un toit couvert de tuiles en pierre.
L'une des particularités les plus remarquables de Maruoka-jō est justement son toit entièrement couvert de tuiles en pierre. Le château utilise du Sasayama-ishi, une pierre extraite dans la région d'Ashiyama, pour fabriquer ces tuiles. Le toit compte environ 6 000 éléments, dont près de 20 % sont en pierre. Certaines pièces pèsent entre 20 et 60 kg et l'ensemble de la couverture atteint environ 120 tonnes.
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Cette couverture particulièrement lourde s'explique par la nécessité de résister au climat de la région, où les hivers sont marqués par d'importantes chutes de neige. Elle donne également au château une silhouette très différente de celle de Himeji-jō ou d'Inuyama-jō.
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Les murs du donjon reposent sur un imposant ishigaki (石垣) construit selon la technique du nozurazukuri (野面積み). Les pierres sont utilisées dans leur forme naturelle et assemblées sans être soigneusement taillées. Le résultat semble irrégulier, mais cette technique facilite l'évacuation de l'eau et permet aux murs de mieux supporter les fortes précipitations. Les murailles atteignent environ 6,2 mètres à certains endroits.
À l'intérieur, le caractère militaire du bâtiment apparaît immédiatement. Les murs comportent des sama (狭間), de petites ouvertures permettant aux défenseurs de tirer à l'arc ou à l'arquebuse. Le premier niveau possède également des ishiotoshi (石落とし), des ouvertures aménagées au-dessus des murs permettant de lancer des pierres ou de tirer sur les assaillants qui tentent d'escalader les fortifications.
Le donjon possède trois niveaux, mais la différence de hauteur entre les étages et la disposition intérieure rendent la montée particulièrement intéressante. Les escaliers sont très raides et rappellent davantage la fonction défensive du bâtiment que celle d'une résidence seigneuriale.
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Depuis le troisième niveau, le visiteur bénéficie d'un panorama remarquable sur la plaine de Sakai. Le sommet du donjon se trouve environ 18 mètres au-dessus du honmaru et environ 35 mètres au-dessus du pied de la colline. De grandes ouvertures aménagées dans les quatre murs permettent de regarder dans toutes les directions.
La visite de Maruoka-jō est assez différente de celle de Himeji-jō ou de Hikone-jō. Le site est beaucoup plus compact et il ne reste aujourd'hui qu'une petite partie de l'ancien complexe castral. Pourtant, cette simplicité constitue aussi son charme.
L'ascension vers le donjon est relativement courte. Une fois arrivé au pied du tenshu, on découvre une construction qui paraît presque austère avec ses murs sombres, son toit lourd et ses pierres irrégulières. C'est justement cette apparence qui permet de mesurer son ancienneté.
Comme pour les autres tenshu d'origine, il ne faut pas s'attendre à découvrir un palais meublé. Le bâtiment est avant tout une structure militaire. La visite permet d'observer la charpente, les ouvertures de tir, les dispositifs défensifs et les impressionnants escaliers en bois.
La montée demande toutefois un peu d'attention. Les escaliers sont particulièrement raides et certaines sections nécessitent de s'aider des cordes installées pour sécuriser le parcours. Cette configuration donne une véritable sensation de château ancien, loin des bâtiments modernes reconstruits en béton que l'on trouve dans plusieurs villes japonaises.
Au sommet, la récompense est immédiate. Les ouvertures permettent de profiter d'une vue dégagée sur la plaine de Sakai et sur les environs. La hauteur reste modeste comparée aux grands donjons japonais, mais l'absence de constructions élevées autour du château rend le panorama particulièrement agréable.
Personnellement, je suis allé ensuite à Fukui pour visiter les ruines de son château, mais vous pouvez également visiter les différents musées de Maruoka.
Depuis Fukui (福井), plusieurs solutions permettent de rejoindre Maruoka-jō. Le site officiel indique notamment une liaison directe en bus depuis la gare de Fukui, pour un trajet d'environ 60 minutes.
L'autre possibilité consiste à prendre le train depuis Fukui jusqu'à Maruoka, puis à poursuivre en bus depuis l'arrêt situé à proximité de la gare. Le trajet complet demande environ 30 minutes. C'est celle que j'ai choisie.
Depuis Awaraonsen (芦原温泉), le château est beaucoup plus proche : un bus permet de rejoindre directement Maruoka-jō en environ 20 minutes. Cette solution est particulièrement intéressante pour les voyageurs qui séjournent dans les stations thermales d'Awara.
En voiture, Maruoka-jō se trouve à environ 10 minutes de l'échangeur de Maruoka sur l'autoroute Hokuriku. Deux parkings gratuits sont disponibles à proximité du château, dont celui de Maruoka-jō, qui dispose d'environ 40 places, et celui situé près du musée Ichijō Kakimoto, qui offre environ 140 places.
Adresse : 1-59 Kasumichō, Maruoka, Sakai-shi, Fukui
Horaires : De 8 h 30 à 17 heures (dernière entrée à 16 h 30).
Tarif adulte : 450 ¥
Temps de visite moyen : Environ 1 h 30 à 2 h pour le château, le musée historique et les alentours.
jcastle.info, kanpai.fr, maruoka-castle.jp
Le tenshu © Le Japon et moi - 2026
HORS MENTION CONTRAIRE, LES PHOTOS DE CET ARTICLE ONT ÉTÉ PRISES PAR DOMINIQUE POUR LE JAPON ET MOI