Le gouvernement japonais a annoncé le 26 août 2026 qu'il comptait fixer d'ici la fin octobre les critères permettant de désigner une "seconde capitale", ainsi que la date d'entrée en vigueur de la loi correspondante. Une première réunion interministérielle consacrée à la mise en œuvre de cette nouvelle législation s'est tenue le même jour.
Non, le Japon ne cherche pas à remplacer Tōkyō. Mais face à l’urgence sismique, le pays a adopté en juillet 2026 une loi historique pour désigner une ou plusieurs "capitales de secours" (fukushuto, 副首都), capables d’assurer la continuité de l’État si une catastrophe paralysait la région de la capitale. Une mesure de résilience qui dépasse largement le simple débat sur la décentralisation. En effet, le gouvernement japonais estime à 70 % la probabilité qu’un séisme de magnitude 7 frappe Tōkyō dans les 30 prochaines années. Dans le pire des scénarios, un tel événement pourrait faire jusqu’à 18 000 morts (dont les deux tiers à cause d’incendies) et causer 83 000 milliards de yens (535 milliards de dollars) de dégâts économiques, selon les estimations officielles citées par Kyodo News.
Avec Tōkyō située sur la "ceinture de feu du Pacifique", où se concentrent 90 % des séismes mondiaux, la question n’est plus si une catastrophe majeure surviendra, mais quand.
L’idée d’une capitale de secours n’est pas nouvelle, mais elle a franchit une étape décisive en 2026 :
24 juin 2026 : Le Parti libéral-démocrate (PLD) de la Première ministre Sanae Takaichi et son allié, le Japan Innovation Party (JIP), déposent un projet de loi à la Diète.
15 juillet 2026 : Adoption à la Chambre basse (House of Representatives).
24 juillet 2026 : Adoption finale à la Chambre haute par 123 voix contre 121 – un vote serré à seulement 2 voix près, qui révèle les divisions politiques autour du texte.
La loi entrera en vigueur fin octobre 2026. D’ici là, le gouvernement doit définir les critères de sélection des capitales de secours, qui devront :
La désignation possible de la/des capitale(s) de secours se fera peut-être en 2027.
Contrairement à ce que laissent penser certains médias, aucune ville n’a encore été désignée. Plusieurs préfectures ont déjà officiellement annoncé leur candidature, chacune avec ses atouts.
| Ville/Préfecture | Arguments | Soutiens politiques |
|---|---|---|
| Ōsaka | Base du JIP, économie forte, infrastructures existantes | Japan Innovation Party (Yoshimura Hirofumi, gouverneur) |
| Fukuoka | Faible risque sismique (côté mer du Japon), éloignement stratégique | Maire Takashima Sōichirō, gouverneur Hattori Seitarō |
| Gunma | 1h de Tōkyō en Shinkansen, faible exposition aux catastrophes | Gouverneur Yamamoto Ichita (candidature annoncée le 30 juillet 2026) |
| Nagoya (Aichi) | Hub économique, infrastructures logistiques | Réunion des officiels locaux le 6 août 2026 pour préparer un dossier |
| Hokkaidō | Éloignement géographique, sécurité relative | Candidature annoncée dès l’adoption de la loi |
| Hiroshima | Position centrale, symbolique historique | Candidature en discussion |
Si Ōsaka part favorite, elle n'est pas intouchable : son principal atout est son poids politique (le JIP en a fait une priorité), mais des critiques soulignent que la ville n’est pas à l’abri des séismes (elle est traversée par des failles actives). Par exemple, le journal Asahi Shimbun cite des universitaires comme Sasaki Nobuo (professeur émérite à l’université Chūō), qui jugent la loi "à moitié cuite" et trop vague sur les critères de sécurité.
De même, contrairement à une idée reçue, Tōkyō restera la capitale. La fukushuto n’est pas une alternative, mais un filet de sécurité. Dans un pays où les catastrophes naturelles sont une menace constante, le Japon préfère anticiper plutôt que subir.
Reste une question : la décision sera-t-elle technique… ou politique ?
Avec un vote aussi serré à la Diète et des enjeux régionaux aussi forts, le choix final pourrait bien dépendre autant des calculs électoraux que des critères de sécurité.
Retrouvez ci-dessous la séquence de l'émission "28 minutes" d'Arte du 24 août 2026 sur ce sujet. Elle est disponible jusqu'au 24 août 2027.
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