Comment ça les touristes vont payer 10% de taxe en 2026 ? Non, ne rigolez pas, je viens de le lire sur un site. J'en ai déjà parlé dans mon article sur les changements à venir en 2026, mais, encore une fois, je pense qu'une mise au point est nécessaire.
En tant que touriste, vous payez déjà cette taxe, comme les japonais d'ailleurs, il s'agit de la taxe à la consommation (消費税), l'équivalent de la TVA pour les français (1). Mais les règles de remboursement vont changer. Est-ce pour le mieux ?
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Jusqu’à présent, les magasins “Tax-Free” jouaient le rôle d’intermédiaire : si vous atteigniez les conditions (achats de plus de 5 000 ¥ dans une même boutique, distinction entre biens consommables et non consommables...), vous ne payiez pas la taxe directement ou étiez remboursés à la caisse dédiée. C’était simple et rapide.
À partir du 1er novembre 2026, les touristes étrangers ne bénéficieront plus de la détaxe immédiate lors de leurs achats. Désormais, il faudra payer la TVA à l’achat, puis se faire rembourser à l’aéroport ou au port de sortie.
Ce remboursement s’effectuera :
Autres nouveautés:
Dans un article de mars 2025, Japan Forward indique que "Selon l'Agence nationale des impôts, seuls les articles achetés dans les 90 jours suivant le départ pourront prétendre à un remboursement d'impôt. Les magasins hors taxes transmettront électroniquement les dossiers d'achat au système de gestion de l'organisme. Au départ, les agents des douanes vérifieront si le voyageur enlève les marchandises hors du pays. Si elle est confirmée, la taxe sera remboursée à l'acheteur par virement bancaire ou par carte de crédit."
Cela peut encore changer avant la mise en service effective.
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Si le Japon voit, entre autre, cela comme un alignement avec les systèmes internationaux, il souhaite également limiter les abus, notamment les reventes illégales sur le sol japonais. Selon lui, certains étrangers profitaient du Tax-free pour acheter en gros et revendre sur place. Mais, avouons-le, c'est aussi une affaire de gros sous. Le pays entend accueillir 60 millions de touristes d'ici 2030 : une manne financière qu'il ne peut refuser. D'autant qu'il demeure l'un des pays les plus endettés au monde en termes de ratio de la dette publique par rapport au PIB. En 2025, ce ratio est estimé à environ 234,9 %, ce qui le place parmi les plus élevés au niveau mondial, bien que des pays comme le Soudan affichent des ratios encore plus élevés, autour de 252 %.
Selon The Asahi Shimbun, les touristes étrangers au Japon ont réalisé en 2024 des achats en franchise de droits d'une valeur d'environ 203 milliards de dollars, soit environ 10,2 milliards de dollars. Si la taxe à la consommation de 10 % avait été appliquée sur ces achats, cela aurait généré environ 160 milliards de yens (environ 1,03 milliard de dollars) de recettes fiscales supplémentaires.
En juin 2025, Japan Times note : "L'an dernier, les grands magasins ont enregistré une augmentation stupéfiante de 86 % des recettes du système exonéré d'impôt par rapport à 2023, pour un total de plus de 640 milliards de dollars, soit environ 11 % de leurs revenus globaux. Les dépenses des touristes étrangers ont représenté la part du lion dans les recettes des grands magasins, alors même que la consommation intérieure stagnait."
De plus, cette mesure est certainement bien accueillie par les japonais. En effet, la montée soudaine du nombre de touristes dans certaines destinations populaires a causé un certain inconfort parmi les habitants aux prises avec la hausse des prix et la diminution de la puissance du yen. Goto Shumpei, chercheur à l’Institut japonais de recherche indique à Japan Times : "À une époque où les Japonais sont aux prises avec l’augmentation du coût de la vie et ce qu’ils perçoivent comme une forte fiscalité, certains pourraient être frustrés de voir des étrangers acheter à bas prix et recevoir un traitement favorable".
Si l'un des effets est de diminuer le tourisme “chasse au shopping” et d'encourager un tourisme de qualité, pourquoi pas. Ohmoto Masahiro, vice-président de la Japan Tax-Free Shop Association, pense, lui, qu'en l'absence d'un système d'exonération fiscale dans le pays, les touristes achèteront ailleurs. Pour les commerçants, c’est mitigé. Les magasins spécialisés et grands magasins pourraient perdre des clients si les touristes préfèrent des destinations avec un remboursement immédiat et plus simple. Mais en pratique, les ventes importantes resteront probablement concentrées sur les produits chers et attractifs.
Ce qui est certain, et j'en mettrais ma main à couper, c'est que certains touristes vont abandonner l'idée du remboursement. Car, dans la pratique, beaucoup de voyageurs risquent de trouver la procédure trop lourde et de laisser tomber, surtout si les files d’attente aux bornes s’allongent. Quelque part, l'État a tout à y gagner.
À titre personnel, je n’ai que rarement utilisé le système de détaxe. J’achète pas mal de souvenirs ou de figurines, mais rarement en une seule fois dans le même magasin. Récupérer 500 ¥ ici, 500 ¥ là… très peu pour moi. Faire la queue avec ma dizaine de tickets de caisse ? Non merci. Et, à mon sens, cela me donne aussi le sentiment de participer à l’économie du pays que je visite.
(1) La dernière augmentation du taux de la taxe à la consommation au Japon a eu lieu le 1ᵉʳ octobre 2019, passant de 8 % à 10 %. Cette hausse a été accompagnée de l'introduction d'un système de taux réduits, appliquant un taux de 8 % sur certains produits de première nécessité, tels que les aliments non alcoolisés, les repas à emporter et les journaux publiés plus de deux fois par semaine sous abonnement.
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