Ce n'est pas mon premier article sur le sujet, mais, en ce mois de juillet 2025, la question des ours noirs (ツキノワグマ, tsukinowaguma) est au cœur de l'actualité japonaise. Les faits divers se multiplient, les signalements explosent, et les autorités, débordées, répondent par des mesures exceptionnelles.
Outre le cas à Nagano en avril 2025, dont je parle dans cet article, j'ai réuni ici les éléments les plus marquants de cette situation inédite.
/image%2F6962016%2F20250804%2Fob_25b813_6209d4ab-81d2-4ebe-8e16-8a13fc61d1aa.png)
Le 26 juin 2025, un ours noir a été aperçu sur la piste de l'aéroport de Yamagata (山形空港), provoquant l'annulation de 12 vols et une interruption temporaire des activités. La zone a été bouclée pendant plusieurs heures, le temps que les chasseurs installent un dispositif de capture. Ce type d'intrusion sur une infrastructure aussi sensible est rarissime.
Début juillet, les autorités de la préfecture d'Akita (秋田県) font état de plus de 1 364 signalements d'ours depuis le début de l'année. En cause : la sécheresse persistante, qui pousse les animaux à se rapprocher des habitations à la recherche de nourriture. Ce chiffre est déjà le double de celui enregistré à la même période l'an dernier.
Au nord, l'ours brun (ヒグマ, higuma), plus grand et puissant que l’ours noir, fait aussi face à une pression croissante. En mai 2025, un ours brun a été signalé dans une zone résidentielle proche de Sapporo (札幌市), provoquant l'évacuation temporaire d'un quartier. Les autorités ont dû intervenir pour capturer puis relâcher l’animal plus loin dans les montagnes.
Comme pour l'ours noir, la population d'ours bruns subit les effets du recul de leur habitat naturel, de la déforestation et du développement humain, ce qui augmente les risques d’incidents et de collisions avec des infrastructures telles que les routes et les lignes ferroviaires.
Entre avril 2023 et mars 2024, le Japon a enregistré 219 attaques d'ours sur des humains, dont six mortelles. C'est le pire bilan en vingt ans. La majorité des cas ont été recensés dans la région du Tōhoku, notamment dans les préfectures d'Akita, Yamagata et Iwate.
Entre mars 2024 et mars 2025, plus de 9 000 ours ont été abattus, selon les données transmises par le ministère de l'Environnement. Ce chiffre, jamais atteint auparavant, suscite une vive inquiétude parmi les associations de protection animale.
De même, face à la multiplication des intrusions dans les villes, le gouvernement japonais a modifié la loi en février 2025. Il est désormais légal d'abattre un ours en zone urbaine en cas d'urgence, alors que la loi précédente imposait de le relâché dans la nature. Cette mesure, très débattue, vise avant tout à prévenir de nouveaux drames.
La cause de cette situation semble multifactorielle. Le dérèglement climatique provoque une raréfaction des ressources alimentaires naturelles. Le dépeuplement des campagnes japonaises, laissées en friche, permet aux ours d'étendre leur territoire. Enfin, la population d'ours noirs est aujourd'hui estimée à plus de 50 000 individus, soit trois fois plus qu'il y a vingt ans.
Le Japon se retrouve donc aujourd'hui face à un véritable dilemme : protéger les populations humaines ou préserver une espèce emblématique de sa faune ? La cohabitation entre humains et ours, qui semblait possible il y a quelques décennies, devient de plus en plus fragile. Si le climat continue à changer et si les zones rurales continuent de se vider, cette tension risque de s'accentuer encore dans les années à venir.
english.kyodonews.net, asahi.com, japantimes.co.jp, nippon.com/en
Photo-montage généré par Intelligence Artificielle, réalisée avec ChatGPT, 2025.