Kōkyo, la Résidence de l'Empereur et le château d'Edo

Article modifié suite à ma visite de 2026.

Dans l'arrondissement spécial de Chiyoda à Tōkyō, et couvrant une superficie de plus de trois kilomètres carrés, vous pourrez trouver le Kōkyo (皇居), un complexe abritant la résidence de l'Empereur du Japon, mais également ce qu'il reste du château d'Edo (1). Visité en 2017 et 2026, ce lieu est, pour moi, un incontournable de tout séjour dans la capitale japonaise.

HISTOIRE

Le Kōkyo (皇居), résidence actuelle de la famille impériale, est donc situé sur l’ancien site du château d’Edo (江戸城), au centre de Tōkyō, dans l’arrondissement de Chiyoda. Il s’agit de l’un des plus vastes ensembles fortifiés de l’histoire du Japon.

L’histoire du site débute bien avant l’époque d’Edo. En 1457, le samurai Ōta Dōkan (太田道灌) fait construire une première forteresse à Edo. Il choisit un emplacement stratégique, entre collines et zones marécageuses, permettant de contrôler les axes terrestres et maritimes de la région. À cette époque, Edo reste un centre militaire secondaire.

Le site change d’échelle à la fin du XVIe siècle, lorsque Tokugawa Ieyasu (徳川家康) s’y installe en 1590. Il entreprend alors d’importants travaux d’agrandissement et transforme progressivement la forteresse en un vaste château, appelé à devenir le centre du pouvoir du shogunat.

Paravent représentant des scènes de daimyos présents au château d'Edo en 1847 (Wikipédia.org)
Paravent représentant des scènes de daimyos présents au château d'Edo en 1847 (Wikipédia.org)

À l’époque de sa pleine extension sous le shogunat Tokugawa, le château d’Edo est considéré comme l’un des plus grands châteaux japonais jamais construits. Il s’étend sur plusieurs kilomètres et se compose d’un système complexe d’enceintes successives, de larges douves et de quartiers administratifs et résidentiels. Le cœur du pouvoir shogunal y est installé à partir de 1603, lorsque Tokugawa Ieyasu (徳川家康) devient shōgun et fait d’Edo le centre politique du pays.

Le château est alors organisé selon une hiérarchie stricte d’enceintes : Honmaru, Ninomaru et Sannomaru, auxquelles s’ajoutent de nombreuses zones secondaires. Cette organisation reflète à la fois la fonction militaire du site et son rôle administratif central dans le système du bakufu.

La maquette du tenshu

Le château d’Edo possède à l’origine un immense tenshu (天守), construit dans l’enceinte du Honmaru, le cœur politique du château. Ce donjon principal connaît plusieurs reconstructions successives durant les premières décennies du shogunat Tokugawa.

Un premier tenshu est édifié en 1607 sur ordre de Tokugawa Ieyasu (徳川家康). Il est reconstruit une première fois en 1623 sous Tokugawa Hidetada (徳川秀忠), puis à nouveau en 1638 sous Tokugawa Iemitsu (徳川家光). Cette troisième version est considérée comme le plus haut tenshu jamais construit au Japon.

Détruit lors du grand incendie de Meireki en 1657, le donjon n’est jamais reconstruit. Un nouveau tenshudai (天守台), c’est-à-dire la base de pierre destinée à accueillir un quatrième tenshu, est pourtant édifié dès 1658. Le projet est finalement abandonné sous Tokugawa Ietsuna (徳川家綱), notamment sous l’influence de Hoshina Masayuki (保科正之), qui considère qu’un Japon désormais pacifié n’a plus besoin d’un tel symbole militaire. La priorité est alors donnée à la reconstruction de la ville d’Edo.

À partir de cette période, la Fujimi-yagura (富士見櫓), ci-dessous, devient progressivement l’un des principaux symboles visuels du château d’Edo.

À la fin de l’époque d’Edo, en 1867-1868, la restauration de Meiji entraîne la fin du shogunat Tokugawa. L’Empereur Meiji (明治天皇) s’installe à Edo, rebaptisée Tōkyō, et le site devient résidence impériale. Le château change alors de fonction : il passe d’un centre du pouvoir militaire à un centre du pouvoir impérial.

La Fushimi Yagura (伏見櫓)

Une partie des bâtiments est réutilisée ou reconstruite pour la nouvelle résidence impériale, mais de nombreuses structures disparaissent progressivement, notamment en raison d’incendies et des transformations urbaines.

Le site conserve toutefois sa structure défensive d’origine, avec ses douves et ses murs de pierre, qui restent aujourd’hui encore visibles.

Au XXe siècle, le palais impérial est reconstruit à plusieurs reprises. Le complexe actuel, bien que modernisé et partiellement reconstruit après la Seconde Guerre mondiale, occupe toujours l’emplacement central de l’ancien château d’Edo et en conserve l’organisation générale.

Les douves extérieures, vers Chidorigafuchi

Aujourd’hui, le Kōkyo demeure un vaste espace fermé au public dans sa majeure partie, entouré de jardins impériaux accessibles et de vestiges du château d’Edo, témoignant de la continuité entre le pouvoir shogunal et le pouvoir impérial.

Visite jusqu'au tenshudai
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Visite jusqu'au tenshudai

LA VISITE
La Ōte-mon (大手門 est de type masugata-mon

L’accès au domaine impérial du Kōkyo ne se fait pas par une seule entrée, mais par plusieurs portes correspondant aux différentes zones de l’ancien château d’Edo. L’accès principal pour les visiteurs est aujourd’hui celui du Higashi Gyoen, les Jardins de l’Est, généralement via l’Ōte-mon (大手門), ancienne porte majeure du château, encadrée de douves et de murs en pierre. Il existe également d’autres accès historiques, comme la Hirakawa-mon (平川門), située au nord-est, ou la Sakashita-mon (坂下門), proche du palais impérial et davantage liée aux usages officiels. La Kikyo-mon (桔梗門), quant à elle, est réservée aux visiteurs d’État et aux cérémonies et n’est pas accessible au public. Enfin, la zone du Kitanomaru-kōen dispose de ses propres entrées entièrement ouvertes, indépendantes de la résidence impériale, tandis que le secteur du Nijūbashi marque un accès symbolique au palais impérial sans être accessible librement.

Outre les douves extérieures, le complexe impérial est divisé en plusieurs ensembles reliés entre eux et correspondant à d’anciennes zones du château : le Kōkyo-Gaien (jardin extérieur), le Higashi-Gyoen (jardin est), le Kyūden (palais impérial et ses jardins privés), ainsi que le Kitanomaru-kōen, qui accueille notamment le musée des Sciences et le musée national d’Art moderne.

Comme vous devez vous en douter, vous ne pourrez pas visiter certains lieux. Par exemple, l’enceinte du palais en lui-même n’est ouverte au public que deux jours par an, le jour de l’anniversaire de l’Empereur et le 2 janvier. Toutefois, il est possible, en réservant auprès de l’Agence impériale, de faire une visite guidée de ses extérieurs. Mais c’est déjà très grand.

Une fois l’entrée des Jardins de l’Est franchie, le parcours s’étend sur un vaste espace paysager aménagé sur les anciennes enceintes du château d’Edo. Le site permet encore de lire l’organisation originelle du complexe, notamment la succession des maru (enceintes) qui structuraient le cœur du pouvoir shogunal.

Le Higashi-Gyoen (東御苑) correspond en effet à une partie de l’ancien château d’Edo, principalement les anciennes enceintes du Honmaru et du Ninomaru. Aujourd’hui transformé en jardin public, il conserve une organisation lisible de l’ancien complexe fortifié.

Le site s’organise autour de plusieurs espaces principaux.

Le Honmaru

Le Honmaru (本丸) constitue le cœur de l’ancien château. C’est ici que se trouvait le donjon principal, aujourd’hui disparu. On y trouve encore le tenshudai (天守台), c’est-à-dire les fondations en pierre du donjon, qui permettent de mesurer son emprise d’origine. Cette zone conserve également des traces de murs et d’anciennes structures défensives.

Le Ninomaru (二の丸) correspond à l’ancienne enceinte secondaire du château. Elle servait de zone résidentielle et administrative pour les vassaux importants du shogunat. Aujourd’hui, cette partie est aménagée en jardin paysager, avec des plantations, des pelouses, un étang (2) et des espaces arborés.

Entre ces zones et les anciennes lignes de défense, on retrouve encore des éléments du système de fortification du château, notamment des portions de murs en pierre et des tracés d’anciens fossés, qui permettent de lire l’organisation en maru successifs.

La tōrō (灯籠) du Ninomaru

Les jardins permettent également d’observer plusieurs vestiges de l’époque Edo, notamment les fondations du donjon principal, ainsi que des traces de yagura (櫓) et de portions de remparts. Ces éléments rappellent la fonction militaire initiale du site et donnent une idée de l’ampleur du château d’Edo à son apogée.

La base du tenshu, appelée tenshudai

Le parcours traverse différentes zones ouvertes, alternant espaces boisés, pelouses et jardins aménagés. Ces espaces correspondent en partie aux anciennes enceintes du château, aujourd’hui transformées en parc public, mais dont la logique d’organisation reste perceptible dans la topographie et les alignements de pierre. Les jardins du Higashi Gyoen présentent quant à eux une composition plus structurée, avec des zones paysagères entretenues, des vestiges restaurés et des perspectives ouvertes sur les anciennes fortifications. Selon les saisons, le site est marqué par la floraison des cerisiers et des pruniers, qui attire un grand nombre de visiteurs.

L'impressionnant Hyakunin-bansho (百人番所)

On trouve également dans le Higashi-Gyoen trois ban-sho (番所), des postes de garde destinés au contrôle des accès du château d’Edo. Il s’agit du Hyakunin-bansho (百人番所), le plus grand et le plus impressionnant, du Ō-bansho (大番所) et du Dōshin-bansho (同心番所). Ces bâtiments étaient placés à des points stratégiques entre les différentes enceintes du château afin d’assurer la surveillance et le filtrage des entrées.

Leur conservation est remarquable, car ils constituent aujourd’hui l’un des rares ensembles encore visibles permettant de comprendre concrètement l’organisation du dispositif de contrôle du château d’Edo.

Je vous invite également à visiter le Fujimi-tamon (富士見多聞), un long bâtiment intégré aux remparts du Honmaru. Ce type de structure, appelé Tamon-yagura (多聞櫓), servait à la fois d’espace de stockage et de poste de surveillance le long des murailles. L’intérieur, accessible au public, permet de mieux comprendre l’organisation défensive du château d’Edo, notamment la circulation le long des remparts.

L'intérieur du tamon-yagura

De même, au pied de certains murs, vous pourrez observer les emplacements des poteaux des anciennes portes, visibles sous forme d’encoches ou de logements creusés dans la pierre. Ces traces permettent de comprendre l’organisation des accès et la structure des portails qui reliaient les différentes enceintes du château.

Vous l'aurez compris, cette visite est foisonnante, et encore plus si vous vous intéressez aux structures féodale.

Personnellement, j’ai terminé celle-ci en faisant le tour des douves. Celles-ci, particulièrement larges, constituent un élément marquant du paysage. Elles rappellent l’importance stratégique du château d’Edo, conçu à l’échelle d’un centre politique national. Ce parcours permet d’apercevoir certaines portes normalement inaccessibles depuis le jardin, avant de rejoindre les abords de Chidorigafuchi (千鳥ヶ淵) et ses cerisiers.

Vous pourrez également y photographier le Seimon Ishibashi (正門石橋), un pont de pierre situé dans le secteur de la porte principale du palais impérial, construit dans le cadre des aménagements de l’époque Meiji. Depuis ce point de vue, il est possible d’apercevoir la Sakurada Tatsumi Yagura (桜田巽櫓), l’une des trois tours de guet encore conservées du château d’Edo. Ce point de vue illustre la continuité entre l’organisation défensive de l’ancien château et les transformations du site à l’époque impériale.

 

Suite de la visite et tour des douves extèrieures
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Suite de la visite et tour des douves extèrieures

POUR ALLER PLUS LOIN
© Wikicommons

Le Kōkyo n’est pas uniquement un espace historique ouvert au public : il reste avant tout un ensemble à fonction impériale active. Une grande partie du domaine est encore occupée par les activités officielles et privées de la famille impériale, ainsi que par les services de la Maison impériale.

Le cœur de cette fonction se situe dans le Kyūden (宮殿), ensemble de bâtiments modernes reconstruit en 1968. Il accueille les cérémonies d’État, les audiences officielles et les réceptions diplomatiques. Bien que visible depuis certaines perspectives extérieures, cet ensemble n’est pas accessible au public.

Au nord-ouest du domaine s’étend le Fukiage Gyoen (吹上御苑), résidence privée de l’Empereur et de sa famille. Cette zone correspond à un espace strictement fermé, héritier des anciens jardins intérieurs du château d’Edo.

Enfin, plusieurs bâtiments administratifs, dont ceux de l’Agence de la Maison impériale (Kunaichō / 宮内庁), assurent la gestion du protocole et des activités officielles de la cour. Ainsi, au-delà des jardins et des vestiges du château d’Edo, le Kōkyo reste un espace institutionnel vivant, encore pleinement lié à la fonction impériale du Japon contemporain.

COMMENT S'Y RENDRE

Depuis la gare de Tōkyō, sortie Marunouchi Central Exit et environ 10 minutes à pied. Rejoindre la zone du Kōkyo-Gaien, puis longer les douves en direction de l’Ōte-mon (大手門), principale entrée des Jardins de l’Est (Higashi-Gyoen).

INFOS PRATIQUES

Adresse : 1-1 Chiyoda, Chiyoda-ku, Tōkyō (東京都千代田区千代田1-1)
Horaires : 9 heures à 16 heures-18 heures. Fermé le lundi et le vendredi (sauf exceptions)
Tarif adulte : Gratuit, avec contrôle de sécurité
Temps de visite moyen : 2 à 3 heures (davantage si vous faites le tour des douves ou Chidorigafuchi)

Site internet

NOTES

(1) Petite parenthèse : c'est en ces lieux qu'Asano Naganori, le daimyō du fief d'Akō, tente d'assassiner Kira Yoshinaka, ce qui provoquera Akō rōshi, plus connue sous le nom de vendetta d'Akō ou vengeance des 47 rōnin.
(2) L'Empereur Showa, que nous connaissons sous le nom d'Hirohito, était également un biologiste marin reconnu. Il introduisit des carpes dans l'étang du Palais impérial en 1914, et est à l’origine de la découverte de plusieurs dizaines d’espèces de méduses. Son fils, Akihito, suggérera plus tard l’hybridation à partir de carpes Nishikigoi et d’une espèce indonésienne. Le résultat est visible dans l’étang du Ninomaru.

SOURCES

Wikipédia.org , Do-tours.com , Travel-around-japan.com , Belitineraire.fr , fr.japantravel.com, Kanpai.fr

PHOTO DE COUVERTURE

Le Ō-bansho (大番所) © Le Japon et moi - 2026

HORS MENTION CONTRAIRE, LES PHOTOS DE CET ARTICLE ONT ÉTÉ PRISES PAR DOMINIQUE POUR LE JAPON ET MOI

Kōkyo, la Résidence de l'Empereur et le château d'Edo
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