Article modifié suite à ma visite de 2026.
La construction du Nijo-jō (二条城) débute en 1601 pour être la demeure de Tokugawa leyasu, le troisième unificateur du Japon et le premier d'une lignée de Shōgun qui ne cessera qu'en 1867. Contrairement à ce qu'on peut lire parfois, ce n'est pas la résidence principale du Shōgun, qui se trouve à Edo, mais le lieu où il réside lors de ses séjours à la capitale impériale. J'ai pu visiter ce lieu unique en 2017 et 2026.
Le Nijō-jō (二条城), situé à Kyōto, est donc un château construit à l’initiative de Tokugawa Ieyasu (徳川家康), fondateur du shogunat Tokugawa. La construction s’achève en 1603, année de la nomination d’Ieyasu comme shōgun.
Son emplacement, à proximité immédiate du palais impérial, n’est pas anodin. Le château sert de résidence officielle à Ieyasu lors de ses séjours dans la capitale impériale, tout en affirmant l’autorité du pouvoir militaire face à la cour impériale. En son absence, le château est gardé par le Nijō Zaiban (二条在番), une garnison chargée de la surveillance permanente du Nijō-jō et de la représentation de l’autorité du shogunat Tokugawa à Kyōto.
Pour rappel, Tokugawa Ieyasu, troisième unificateur du Japon, a inauguré une période de plus de 260 ans de paix et de prospérité. Le shogunat Tokugawa a duré quinze générations, et a été l'une des plus longues périodes de stabilité et de prospérité de l'histoire japonaise.
Le site est structuré en plusieurs enceintes concentriques, appelées maru, protégées par des douves et des murailles. Le premier palais, le Ninomaru-goten (二の丸御殿)(1), achevé au début du XVIIe siècle, constitue le cœur des fonctions politiques et cérémonielles. Il conserve un ensemble remarquable de peintures de l’école Kanō, caractérisées par l’usage de feuilles d’or et une iconographie liée à la puissance et à la stabilité du régime. J'en reparle dans la section "Visite".
Sous son petit-fils, Tokugawa Iemitsu (徳川家光), le château est profondément remanié dans les années 1620. Une nouvelle enceinte centrale, le Honmaru, est aménagée et un tenshu (天守, donjon) est construit. Ces travaux culminent en 1626 avec la visite de l’Empereur Go-Mizunoo (後水尾天皇), organisée dans un cadre architectural destiné à démontrer la puissance du shogunat.
Le tenshu du Nijō-jō est toutefois détruit en 1750 à la suite d’un incendie provoqué par la foudre. Il n’est jamais reconstruit par la suite, ce qui explique son absence aujourd’hui (il ne reste que sa base, appelée tenshudai).
Au cours de la période d’Edo, le château reste utilisé de manière ponctuelle par les shōgun lors de leurs séjours à Kyōto. Il conserve une fonction essentiellement symbolique et politique, en lien avec la cour impériale.
En 1867, le 15e shōgun, Tokugawa Yoshinobu (徳川慶喜), réunit les représentants des principaux domaines présents à Kyōto dans l’Ōhiroma du Ninomaru-goten. Il y annonce la restitution du pouvoir politique à l’Empereur, événement connu sous le nom de Taisei Hōkan (大政奉還). Cette décision marque la fin du shogunat Tokugawa et ouvre la voie à la restauration impériale de l’ère Meiji. Cette transition entraîne une profonde transformation du Japon, qui passe progressivement d’un système féodal dominé par les samurai et les daimyō à un État centralisé engagé dans une modernisation rapide.
Après la restauration impériale, le château passe sous contrôle de la maison impériale. Il connaît alors plusieurs transformations importantes.
Le Honmaru-goten (本丸御殿), tel qu’il est visible aujourd’hui, ne date pas de l’époque d’Ieyasu. Le bâtiment actuel était à l'origine la résidence de la famille Katsura-no-miya (l'une des quatre shinnōke (branches) de la famille impériale japonaise), construite en 1847 dans la section nord du Palais impérial de Kyōto et déplacée en 1893. L'intérieur de ce bâtiment peut être visité, mais sur rendez-vous, toutefois le billet de base permet de se promener dans le magnifique jardin, ce qui est déjà très bien.
En 1939, le Nijō-jō est cédé à la ville de Kyōto et ouvert au public. Il est aujourd’hui classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO au sein des "Monuments historiques de l’ancienne Kyōto". Le palais de Ninomaru est notamment reconnu comme Trésor national.
De la Higashi Ōte-mon au jardin du Ninomaru
Le Nijō-jō comporte de nombreuses structures remarquables et classées, qui participent à la compréhension de son organisation défensive et cérémonielle. Parmi elles, on trouve notamment la Kara-mon (唐門), la porte richement décorée et située à l’entrée de la place menant au Ninomaru-goten, ainsi que la Higashi Ōte-mon (東大手門), la porte principale du château. L’ensemble du site est également structuré par les tours de guet, les yagura (櫓), installées sur les remparts afin d’assurer la surveillance des différentes enceintes et de douves. Comme vu plus haut, si le château possédait autrefois un tenshu (天守), situé dans l’enceinte du Honmaru, il n'en reste que la base. Mais, de ce point de vue vous aurez une vision sur l'ensemble.
Si elle est quelque peu victime du surtourisme, l'ancienne résidence du shogunat Tokugawa est vraiment impressionnante, et mérite ces quelques désagréments, surtout le Ninomaru-goten. Pour information, il est strictement interdit de prendre des photos à l'intérieur, mais vous en trouverez quand même sur le net, voire des vidéos...).
Cette visite est vraiment passionnante et je ne peux que la conseiller, les intérieurs du palais étant richement décorés de paravents, de shōji et de fusuma (2). Vous pourrez y découvrir de superbes pièces en tatami, des peintures réalisées par des artistes de la célèbre école Kanō, dont une œuvre de Kanō Tan’yū (beaucoup ont été réalisées pour décorer le château de Fushimi (3), puis transportées ici)... et des pièces secrètes d'où les gardes du Shōgun surveillaient les entretiens...
Pour en revenir aux peintures, outre celles de sakura en fleurs ou d'oiseaux, vous pourrez voir des tigres et des léopards... Sachant qu'il n'y a pas de tigres en liberté sur l'archipel, il semblerait que les japonais n'aient jamais vu cet animal à l'époque. Pour les peindre, les artistes se seraient donc basés sur des descriptions, ainsi que sur des peaux. Impressionnant.
Petite anecdote, dans le couloir qui longe les chambres du palais Ninomaru-Goten, prêtez l'oreille au bruit caractéristique du fameux "parquet rossignol" ou Uguisu-bari (鴬張り). Pour information, il s'agit d'un type de parquet qui produit un son semblable à un pépiement d'oiseau au passage d'une personne. En ce qui concerne le Nijō-jō, nul ne sait si la conception était intentionnelle ou le fruit du hasard. D'ailleurs, un panneau d'information indique que ''le son de chant n'est pas vraiment intentionnel, mais provient plutôt du mouvement des clous contre le sol causé par l'usure au fil des ans'' (source : wikipédia.fr).
En ce qui concerne le parc, il est très vaste et particulièrement agréable à parcourir. Le jardin du Ninomaru, aménagé en 1626, est attribué à l’architecte et maître de thé Kobori Enshū (小堀 遠州). Il s’agit d’un jardin de promenade organisé autour d’un étang central, avec une composition paysagère typique de l’époque d’Edo, jouant sur les perspectives, les îlots et les jeux de rochers.
Le jardin du Honmaru, tel qu’il existe aujourd’hui, date de 1893. Il correspond à un aménagement tardif lié à la réorganisation du site après la période du shogunat. Sa structure est plus récente et s’inscrit dans un contexte différent, marqué par la transformation du château en espace impérial puis public.
Enfin, le jardin Seiryū-en (清流園), créé en 1965, présente une composition hybride, mêlant éléments japonais traditionnels et influences occidentales. Il a été conçu pour accueillir des événements culturels, notamment des cérémonies du thé et des réceptions officielles, ce qui explique son organisation plus ouverte et fonctionnelle.
L’ensemble du site est entouré de larges espaces verts et d’allées bordées d’arbres, qui relient les différentes zones du château. Selon les saisons, ces espaces sont notamment marqués par la présence de cerisiers, de pruniers et d’autres essences ornementales, qui participent à l’évolution du paysage au fil de l’année.
Rappelons que le Nijō-jō couvre aujourd’hui une superficie d’environ 275 000 m², soit 27,5 hectares. L’ensemble mesure approximativement 600 mètres d’est en ouest et 400 mètres du nord au sud, pour un périmètre d’environ 2 kilomètres. Prévoyez donc du temps pour en faire le tour, vous ne le regretterez pas.
Si le Ninomaru-goten est classé Trésor national, 22 bâtiments sont classés Biens culturels importants, dont plusieurs au sein du Honmaru-goten.
Il y a donc énormément de bâtiments à voir, les portes, bien entendu, mais également des entrepôts à riz, un poste de garde, appelé Ban-sho (番所), et, bien entendu, les tours de guet, la Seinan-sumi-yagura (西南隅櫓) et la Tonan-sumi-yagura (東南隅櫓), littéralement "tour de guet du coin sud-est", qui s'impose comme l'un des vestiges structurels témoignant de la puissance défensive initiale du château. Érigée durant la période d'Edo, elle fait partie intégrante du système de fortifications protégeant le périmètre. Son architecture adopte un style robuste, caractérisé par des murs en plâtre blanc et une structure en bois surélevée sur une base de pierre, typique des yagura de cette époque. Elle servait non seulement à surveiller les approches du château, mais également au stockage d'armes et d'équipements militaires.
Personnellement, en 2026, j'y suis resté plus de 4 heures. Il faisait beau et je voulais tout photographier... jusqu'à faire le tour des douves extèrieures, appelées Sotobori (外堀). On ne se refait pas... J'y ai pris plus de 600 photos, donc vous ne trouverez ici qu'une petite partie, mais qui, je l'espère, vous donneront envie de visiter ce lieu, certes très connu et visité, je me répète, mais également symbolique de l'ancienne capitale impériale.
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Pour finir, je vous conseille de réserver votre billet via le site internet. Vous y trouverez deux avantages :
Du jardun Honmaru aux douves extérieures et aux yagura
Le Nijō-jō (二条城) se situe dans le centre de Kyōto, dans l’arrondissement de Nakagyō.
Adresse : 541 Nijōjō-chō, Nakagyō-ku, Kyōto, 604-8301, Japon
Horaires : 8 h 45 à 17 heures (dernière entrée à 16 heures)
Tarif adulte :
Temps de visite moyen : 1 h 30 à 2 heures... Enfin, à vous de voir...
Site internet
(1) Un peu de japonais en passant : ''Goten'' (御殿) signifie tout simplement ''palais'' et ''Mon'' (門), ''porte'', donc dire ''Porte Kara-mon'' ou ''Palais Ninomaru-goten'' est redondant.
(2) Un Shoji (障子) est une porte constituée de papier washi montée sur une trame en bois, dans les maisons traditionnelles japonaises. Elle donne souvent sur l'extérieur, mais peut servir à délimiter l'espace d'une pièce, comme le Fusuma (襖) qui est un écran opaque coulissant muni d'une poignée.
(3) Démantelé en 1623, Fushimi-jō était la demeure de Toyotomi Hideyoshi, le second unificateur du Japon. Plusieurs de ses salles et de ses bâtiments ont été incorporés dans les châteaux et les temples à travers le Japon. Par exemple, le Yōgen-in (養源院) de Kyōtō a un plafond taché de sang. Il s'agit en fait du plancher sur lequel Mototada Torii et son entourage se sont fait seppuku en 1600.
nijo-jocastle.city.kyoto.lg.jp, kanpai.fr, jcastle.info
Vue depuis le tenshudai © Le Japon et moi - 2026
HORS MENTION CONTRAIRE, LES PHOTOS DE CET ARTICLE ONT ÉTÉ PRISES PAR DOMINIQUE POUR LE JAPON ET MOI