Depuis plusieurs années, les collectivités locales japonaises multiplient les initiatives pour attirer davantage de visiteurs étrangers. Entre billets de Shinkansen offerts, réductions tarifaires et accès gratuit à certains sites culturels, ces mesures visent à soutenir les économies régionales et à répartir les flux touristiques au-delà des destinations les plus connues. Pourtant, elles suscitent aujourd'hui des critiques croissantes au sein de la population japonaise.
La préfecture de Kagoshima (鹿児島県) en fait actuellement l'expérience. En février 2026, elle a annoncé un programme destiné à encourager les touristes étrangers à découvrir la région. La mesure la plus remarquée consiste à prendre en charge intégralement le billet aller du Shinkansen entre Hakata (博多) et Kagoshima-Chūō (鹿児島中央), ou Izumi (出水), dans le cadre d'un forfait comprenant au moins une nuit d'hébergement dans la préfecture. La valeur de cette aide représente environ 10 000 yens par voyageur.
L'objectif est simple : attirer des visiteurs internationaux qui arrivent au Japon par les grands aéroports et leur faire découvrir une région souvent moins fréquentée que Tōkyō (東京), Kyōto (京都) ou Ōsaka (大阪). Cependant, l'annonce du programme a provoqué une vive réaction sur les réseaux sociaux. Selon la préfecture, près de 600 réclamations ont été reçues dans le mois suivant son lancement. Plusieurs internautes ont dénoncé ce qu'ils considèrent comme un traitement préférentiel accordé aux étrangers, financé par l'argent des contribuables japonais.
Les autorités locales rappellent pourtant que des campagnes similaires existent également pour les voyageurs japonais. Selon les responsables du programme, les critiques se concentrent essentiellement sur les dispositifs destinés aux touristes étrangers, alors que les actions de promotion du tourisme intérieur passent souvent inaperçues.
Cette polémique n'est pas un cas isolé. Dans la préfecture de Nara (奈良県), les visiteurs étrangers bénéficiaient depuis 2008 de l'entrée gratuite dans plusieurs établissements culturels, dont le musée préfectoral d'art. Cette mesure a finalement été supprimée en avril 2024. Le gouverneur Yamashita Makoto (山下真) a expliqué que cette gratuité était mal comprise par les habitants et qu'elle ne contribuait plus réellement à attirer davantage de visiteurs étrangers.
La préfecture de Shimane (島根県) a suivi une évolution comparable. En 2019, trente-trois sites touristiques, dont le château de Matsue (松江城), proposaient des réductions réservées aux visiteurs étrangers. Depuis 2023, la majorité de ces avantages a été progressivement supprimée. À l'origine, ces réductions permettaient surtout de mesurer plus facilement la fréquentation internationale. Mais avec le retour massif des touristes étrangers et la faiblesse persistante du yen, les autorités locales estiment que ces incitations sont devenues moins nécessaires.
Quelques dispositifs subsistent néanmoins. Onze sites touristiques de Shimane continuent d'appliquer des tarifs préférentiels aux visiteurs étrangers. La préfecture a également lancé une offre permettant d'utiliser certains autocars longue distance reliant Ōsaka à plusieurs destinations de Shimane pour seulement 2 000 yens, soit moins de la moitié du tarif habituel. Les autorités précisent toutefois que la poursuite de cette mesure dépendra de son succès auprès des voyageurs.
Cette controverse illustre un débat de plus en plus présent au Japon. Alors que le gouvernement et les collectivités locales cherchent à développer le tourisme international pour soutenir les économies régionales, une partie de la population s'interroge sur la pertinence d'accorder des avantages spécifiques aux visiteurs étrangers. Les responsables locaux insistent désormais sur la nécessité d'expliquer clairement les objectifs de ces politiques afin d'éviter les malentendus et les accusations de favoritisme.