Amis collectionneurs, le saviez-vous ? Vos cartes Pokémon, Yu-Gi-Oh! ou Magic (pour ne citer qu'elles) ne sont plus considérées comme de simples jouets par le fisc français, mais comme des actifs financiers ou des biens de valeur. Personnellement, si j'ai joué à Magic il y a... euh... 30 ans... cette information glanée sur une chaine de radio française, m'a quelque peu laissé pantois. Le présentateur prenait les cartes Pokémon en exemple, vu que la licence a désormais 30 ans, donc j'ai voulu en savoir plus.
Cette "histoire" de cartes Pokémon et d'impôts repose sur une clarification récente de l'administration fiscale française. Le fisc considère désormais officiellement que les cartes à collectionner ne sont pas des jouets ordinaires, mais des actifs dont la revente peut être taxée. L'intérêt pour les cartes a exposé depuis 2020, avec des transactions atteignant parfois des dizaines, voire des centaines de milliers d'euros.
Intérêt certainement redoublé cette année. En effet, en février 2026, l'influenceur Logan Paul pulvérise son propre record en vendant sa carte Pikachu Illustrator pour la somme vertigineuse de 16,5 millions de dollars (hors commission) lors d'une vente aux enchères chez Goldin. Cet exemplaire unique, noté PSA 10 et porté en pendentif lors de combats de catch, incarne le sommet absolu d'un marché devenu fou. À elle seule, la confection de ce pendentif (sans la carte) est estimée à environ 80 000 $. Cela a certainement laissé beaucoup d'entre-vous rêveur, non ? Pourtant, pour l'immense majorité des collectionneurs, un carton brillant ne vaut pas plus que quelques euros, voire centimes.
Le fisc français a donc "mis à jour" sa vigilance pour s'assurer que ces profits ne restent pas dans l'économie souterraine.
La requalification en "Activité Professionnelle"
Beaucoup de particuliers achètent des cartes pour les revendre plus cher (ce qu'on appelle le "scalping" ou l'investissement à long terme). Le fisc surveille désormais de près les comptes Vinted, eBay ou Leboncoin.
Si les ventes sont régulières et visent à générer un profit, l'administration considère qu'il s'agit d'une activité commerciale. Dès que les recettes dépassent certains seuils (désormais fixés à 2 000 € de recettes ou 30 transactions par an), les plateformes transmettent automatiquement les informations au fisc.
L'imposition sur la plus-value
Même pour un collectionneur occasionnel, une vente exceptionnelle peut déclencher une taxation. Si vous vendez une carte rare (comme un Dracaufeu 1ère édition) pour un montant supérieur à 5 000 €, vous êtes théoriquement soumis à la taxe sur les plus-values de biens meubles.
Le taux est de 19 % (plus les prélèvements sociaux), soit un total de 36,2 %. Il existe toutefois un abattement de 5 % par année de détention au-delà de la deuxième année, permettant une exonération totale après 22 ans.
Les cartes comme "Objets de Collection"
Il existe un débat pour savoir si les cartes Pokémon entrent dans la catégorie des "objets de collection" (au même titre que les pièces anciennes ou les timbres).
L'administration précise que les cartes sont généralement traitées comme des biens de consommation courants. Toutefois, une nuance importante est apparue : si la carte est certifiée et gradée par un organisme officiel (comme PSA ou PCA, voir plus bas), elle peut plus facilement revendiquer le statut d'objet de collection. Dans ce cas, une taxe forfaitaire de 6,5 % sur le prix de vente peut s'appliquer dès que la transaction dépasse 5 000 €, ce qui est souvent plus avantageux.
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Le terme "scalping" désigne l'achat massif de nouveautés (boosters, coffrets limités) dès leur sortie en magasin pour les revendre immédiatement au prix fort sur le marché secondaire. Si cette pratique irrite les joueurs, elle intéresse surtout le fisc pour une raison simple : l'intention.
Pour exemple, l'étude de Victoria Dobrynskaya et Julia Kishilova, publiée dans la revue Research in International Business and Finance, basée sur 2 322 sets Lego neufs (boîtes scellées) analysés sur la période 1987-2015, a montré que le rendement annuel de certains sets Lego retirés de la vente dépassait celui de l'or ou de la bourse. Un set Star Wars ou Modular Building acheté 200 € et revendu 800 € trois ans plus tard génère une plus-value. Si cette opération est répétée, on sort du cadre du simple passionné pour entrer dans celui de l'investisseur.
Contrairement au collectionneur qui se sépare de ses anciens cartons, le scalper, mais cela concerne également le vendeur régulier, peut, dans les faits, réaliser des actes de commerce. Pour l'administration, la distinction est sans appel :
En résumé, vider les rayons d'un magasin de jouets pour alimenter sa boutique en ligne n'est plus un "petit complément de revenus" toléré, mais une activité professionnelle traquée.
Pour les collectionneurs, l'époque où l'on conservait ses cartes ou ses comics dans de simples boîtes à chaussures est révolue. Aujourd'hui, l'authentification (ou grading) est devenue le sésame indispensable pour protéger son patrimoine.
Le choix entre PSA (Professional Sports Authenticator) et PCA (Professional Cards Authenticator) dépend principalement de votre objectif.
Ces deux organismes certifient l'authenticité d'une carte et lui attribuent une note de 1 à 10, ce qui la fait basculer administrativement du statut de "jouet" à celui d' "objet de collection", mais leur valeur n'est pas la même sur le marché.
PSA : Le géant mondial
Basée aux États-Unis, c'est la référence absolue.
PSA a racheté ou développé des divisions pour s'étendre, mais leur cœur de métier reste le "plat" :
PCA : Le leader français
Basée en France, c'est l'option privilégiée pour le marché européen.
Les alternatives
Le phénomène de certification ne se limite pas aux cartes. Pour les amateurs de bande dessinée américaine, le CGC est la référence absolue : un comics scellée avec une note de 9.8 peut voir sa valeur multipliée par dix par rapport à un exemplaire "nu". Le jeu vidéo suit la même voie avec des organismes comme Wata ou VGA, tout comme les figurines avec l'AFA.
Pour les Comics
C'est ici que tout a commencé. Un comic "gradé" est scellé dans un boîtier en plastique rigide (appelé "slab").
Pour les Jeux Vidéo
Le marché a explosé récemment, avec des records de ventes pour des jeux Mario ou Zelda sur NES scellés.
Pour les Figurines
Cette transition vers un objet de valeur certifié a un prix non négligeable. En 2026, authentifier une pièce pour la protéger (et satisfaire aux exigences de preuve du fisc) représente un investissement de départ conséquent :
Vous avez l'embarras du choix, à vrai dire, mais encore faut-il que vos cartes aient une quelconque valeur. Le marché est volatile, et dépend entièrement de l'offre et de la demande. Pour citer Goldin : "Pour devenir l'un des Graals de l'industrie des objets de collection, une carte doit posséder certaines qualités indélébiles : un design intemporel, une exclusivité dont la grande majorité de la population mondiale ne peut que rêver, et une histoire unique qui crée prestige et suspense, captivant instantanément l'attention des collectionneurs. ".
Pour conclure, cet article est rédigé à titre informatif, sur la base des sources officielles et des seuils fiscaux consultés au mois de mars 2026. N'étant pas juriste ni conseiller fiscal, je vous invite à prendre ces informations comme une base de réflexion. La réglementation étant en constante évolution, n'hésitez pas à consulter le site de l'administration fiscale ou un professionnel du droit pour toute situation spécifique, notamment avant une transaction importante.
sciencedirect.com, legifrance.gouv.fr,, bofip.impots.gouv.fr, economie.gouv.fr, goldin.co, service-public.gouv.fr
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