Le Kenkoku Kinen no Hi

Le 11 février, le Japon célèbre le Kenkoku Kinen no Hi (建国記念の日), ou "Jour de la fondation de l'État". C'est un moment un peu suspendu dans le calendrier japonais, où la ferveur patriotique reste discrète mais bien réelle.

D'après le Nihon Shoki (日本書紀), l'une des plus anciennes chroniques du pays, c'est ce jour-là en 660 av. J.-C. que l'empereur Jinmu (神武天皇), descendant de la déesse du soleil Amaterasu (天照), aurait fondé la lignée impériale. Si la date est aujourd'hui considérée comme légendaire par les historiens, elle n'en reste pas moins le pilier de l'identité japonaise.

La date n'a pas été choisie au hasard. En 1873, sous l'ère Meiji (明治時代), le gouvernement a instauré le Kigensetsu (紀元節) pour unifier la nation autour de l'empereur. Supprimée après la Seconde Guerre mondiale, la fête a été rétablie en 1966 sous son nom actuel, avec une nuance de taille : on célèbre "la fondation" de façon commémorative, sans forcément valider l'exactitude historique de l'an -660.

De nos jours, c’est une journée calme. Le drapeau japonais (Hinomaru) peut flotter devant les maisons, mais cela n'ira pas beaucoup plus loin pour la majorité des citoyens. Toutefois, les groupes de droite et d'extrême droite, appelés Uyoku dantai (右翼団体), considèrent le Kenkoku Kinen no Hi comme le moment le plus sacré de l'année. Pour eux, ce n'est pas qu'une commémoration, c'est l'affirmation de la lignée impériale ininterrompue (Bansei Ikkei) et de l'origine divine du Japon. Notons quand même que ce jour-là, les fameux camions noirs ou blancs (gaisensha) équipés de haut-parleurs surpuissants circulent massivement près des gares et des lieux de pouvoir (comme le Kantei ou le Palais Impérial) en diffusant l'hymne national, le Kimigayo (君が代), et des discours patriotiques.

D'ailleurs, la Première ministre Takaichi Sanae (高市 早苗) — connue pour ses positions fermes sur l'identité nationale — a publié aujourd'hui un message officiel appelant les citoyens à "cultiver un esprit d'amour pour la nation" et à réfléchir aux efforts des ancêtres. C'est un ton beaucoup plus marqué que celui de ses prédécesseurs.

À Tōkyō (東京), une parade de mikoshi et de fanfares se tient généralement entre Meiji-jingū Gaien et le sanctuaire Meiji-jingū (明治神宮). Pour terminer sur la mouvance nationaliste, le Nippon Kaigi (日本会議), le lobby conservateur le plus influent du pays, y organise des cérémonies officielles pour demander le rétablissement complet des valeurs impériales d'avant-guerre.

Pour ceux qui veulent remonter à la source du mythe, c'est vers le sanctuaire Kashihara-jingū (橿原神宮), dans la préfecture de Nara (奈良県), qu'il faut se tourner. Il est construit sur les lieux présumés de l'accession au trône de Jinmu.

SOURCE

nippon.com/frjapan.kantei.go.jp

ILLUSTRATION DE COUVERTURE

Illustration générée par Intelligence Artificielle, réalisée avec Gemini, 2026.

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