À Hiroshima, un château meurtri par la guerre

En 2017, je n'avais pas visité Hiroshima-jō (広島城), un château où l’histoire féodale du clan Mōri se superpose à la mémoire beaucoup plus récente de la reconstruction de la ville après 1945. En 2026, j'ai enfin pu le découvrir, le jour de la fermeture du donjon.

HISTOIRE

Hiroshima-jō (広島城) est construit à la fin du XVIe siècle par Mōri Terumoto (毛利輝元), puissant daimyō de l’Ouest du Japon et l’un des membres du Conseil des Cinq Régents mis en place par Toyotomi Hideyoshi (豊臣秀吉) pour gérer la minorité de son fils Hideyori. Sa construction débute en 1589 et s’achève dans les années 1590, dans un contexte de profondes transformations politiques liées à l’unification progressive du Japon.

Le site choisi pour le château est stratégique : une vaste plaine côtière située à l’embouchure de plusieurs rivières, ouvrant sur la mer intérieure de Seto. Contrairement à de nombreux châteaux de montagne de l’époque Sengoku, Hiroshima-jō est un hirajiro (平城), un château de plaine, conçu à la fois comme centre administratif, militaire et urbain.

Le château devient le centre du pouvoir du clan Mōri dans la région du Chūgoku. Il est accompagné d’une jōkamachi (城下町) organisée autour de l’activité politique et commerciale du domaine. L’ensemble reflète la transition entre les structures féodales de la période Sengoku et l’organisation plus centralisée qui se met en place à la fin du XVIe siècle.

Après la Bataille de Sekigahara en 1600, Mōri Terumoto perd une grande partie de ses territoires et est transféré dans la région de Nagato. Hiroshima-jō passe alors sous le contrôle de Fukushima Masanori (福島正則), puis, après la confiscation de ses terres en 1619, est attribué à Asano Nagaakira, fils d'Asano Nagamasa (浅野長政). À partir de ce moment, Hiroshima devient le siège de la lignée principale des Asano jusqu'à la restauration de Meiji. Ce nom vous dit certainement quelque chose : la branche d'Akō (赤穂藩) est célèbre pour Asano Naganori (浅野長矩) et l'affaire des quarante-sept rōnin.

Sous le régime Tokugawa, Hiroshima-jō conserve son rôle de centre administratif régional. Le château est maintenu et partiellement réorganisé, mais sans transformation majeure de son architecture initiale. Il reste un symbole du contrôle du shogunat sur l’ouest du Japon.

Vestiges du Hiroshima Daihon'ei-ato (広島大本営跡)

Après la Restauration de Meiji, Hiroshima-jō perd son rôle de résidence seigneuriale pour devenir un important centre militaire. Une partie de son enceinte est occupée par l'armée impériale japonaise et le château accueille notamment le quartier général de la Deuxième Armée générale à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette présence militaire contribue à l'importance stratégique de Hiroshima, même si la ville est également choisie pour d'autres raisons, notamment son rôle de centre administratif, industriel et logistique. Le château subit ensuite une destruction totale lors du bombardement atomique du 6 août 1945. Situé à proximité immédiate de l’hypocentre, Hiroshima-jō est entièrement rasé, ne laissant que quelques structures partiellement endommagées, notamment des murs de pierre et certaines fondations.

Après la guerre, la reconstruction du donjon est décidée. En 1958, un nouveau tenshu est achevé. Contrairement à une reconstruction fidèle en bois, il s’agit d’un bâtiment en béton armé, conçu pour abriter un musée consacré à l’histoire du château et à la période féodale de Hiroshima. Cette reconstruction s’inscrit dans un mouvement plus large de reconstruction symbolique des châteaux japonais dans l’après-guerre.

Aujourd’hui, Hiroshima-jō est à la fois un lieu de mémoire historique et un symbole de résilience. Toutefois, il a été décidé de fermer son tenshu en mars 2026, car celui-ci ne répondait plus aux normes anti-sismiques. Si on peut lire qu'une nouvelle version, plus proche de l'original, serait à l'étude, rien de concret n'a été décidé au moment où j'écris ces lignes.

Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château
Les extérieurs du château

Les extérieurs du château

VISITE

Cela faisait longtemps que je souhaitais visiter ce lieu. La pluie nous en avait malheureusement empêchés lors de notre précédent passage avec mon neveu en 2017. Si le tenshu de Hiroshima-jō a fermé ses portes en mars 2026, j'ai tout de même eu la chance de le visiter... le tout dernier jour d'ouverture.

Je l'ai dit plus haut, le tenshu actuel est une reconstruction en béton achevée en 1958. Comme souvent avec les reconstructions japonaises, rien ne le laisse paraître au premier regard. Depuis l'extérieur, on peut facilement pu croire à une structure entièrement réalisée en bois tant les proportions et l'apparence générale sont convaincantes. Ce n'est qu'en s'approchant que certains détails trahissent son caractère moderne.

À l'intérieur, plusieurs niveaux sont consacrés à l'histoire de Hiroshima, du château et de la période féodale. Depuis la plateforme d'observation située au dernier étage, j'ai profité d'une vue intéressante sur le centre-ville, qui permet de mieux comprendre l'organisation de l'ancienne cité castrale. Le musée est bien conçu, avec un parcours de visite clair et suffisamment d'espace pour circuler confortablement. Contrairement à mon expérience dans le tenshu du château d'Ōsaka, j'y ai passé un excellent moment.

À l'extérieur, peu de structures subsistent en comparaison à d'autres grands châteaux japonais. Beaucoup ont disparu au fil des siècles ou lors du bombardement atomique de 1945, mais quelques bâtiments ont depuis été reconstruits. C'est notamment le cas de la porte principale, la Omotego-mon (表御門). Ces reconstructions ont été réalisées selon des méthodes traditionnelles et en bois, un choix que j'apprécie particulièrement et qui contribue grandement à l'atmosphère du site.

La Taiko-yagura (太鼓櫓) et le Tamon-Yagura (多聞櫓)

D'ailleurs, l'enceinte du Ninomaru (二の丸) constitue aujourd'hui la partie la plus intéressante du château pour qui souhaite découvrir son architecture défensive. Les bâtiments y offrent un aperçu assez fidèle de ce à quoi pouvait ressembler le château à l'époque féodale. On y trouve notamment la Omotego-mon, qui marquait autrefois l'entrée officielle du château, ainsi que différentes tours, la Taiko-yagura (太鼓櫓), le Tamon-yagura (多聞櫓), une longue galerie fortifiée qui permettait à la fois la surveillance et la défense des accès, et la Hira-yagura (平櫓), accolée à la porte qui donne sur le Gomon-bashi (御門橋). Sur la photo de droite, vous pouvez également remarquer, au ptremier plan, les ruines des étables.

La Hira-yagura (平櫓) se trouve à gauche

L'ensemble forme un système défensif cohérent qui permet de mieux comprendre la manière dont les éventuels assaillants étaient canalisés avant d'atteindre le Honmaru (本丸), l'enceinte principale du château. Les murs de pierre, les passages coudés et la disposition des bâtiments illustrent parfaitement les principes défensifs des châteaux japonais de l'époque d'Azuchi-Momoyama et du début de l'époque d'Edo.

La Omotego-mon (表御門)

Reconstruit entre les années 1991 et 1994 après plusieurs décennies d'études historiques et archéologiques, cette enceinte présente même davantage d'intérêt architectural que le tenshu lui-même, car elle permet de mieux saisir l'organisation défensive et l'atmosphère du château des Mōri (毛利) puis des Fukushima (福島) et des Asano (浅野), qui se succédèrent à la tête du domaine de Hiroshima.

Même s'il ne conserve plus ses structures d'origine comme les châteaux de Himeji-jō ou de Matsumoto-jō, le château de Hiroshima reste une visite très intéressante. Son musée permet de mieux comprendre l'histoire de la région, tandis que sa reconstruction témoigne de la renaissance de la ville après la Seconde Guerre mondiale. Lors d'un séjour à Hiroshima, il constitue à mes yeux un complément naturel à la visite du Parc du Mémorial de la Paix et des autres lieux liés à l'histoire du bombardement atomique.

Visite du musée avant sa fermeture
Visite du musée avant sa fermeture
Visite du musée avant sa fermeture
Visite du musée avant sa fermeture
Visite du musée avant sa fermeture
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Visite du musée avant sa fermeture
Visite du musée avant sa fermeture
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Visite du musée avant sa fermeture
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Visite du musée avant sa fermeture

HIROSHIMA GOKOKU-JINJA

Le Hiroshima Gokoku-jinja (広島護国神社) est situé à l'intérieur même de l'enceinte de Hiroshima-jō. Comme les autres sanctuaires Gokoku du Japon, il est consacré aux habitants de la préfecture morts au service du pays lors des différents conflits modernes.

Le sanctuaire est fondé en 1868, peu après la restauration de Meiji, sous le nom de Shōkonsha (招魂社), avant de prendre plus tard l'appellation de Gokoku-jinja. Il est initialement établi dans un autre secteur de la ville avant d'être transféré dans l'enceinte du château après la Seconde Guerre mondiale. Le bâtiment actuel date de 1965, l'ancien sanctuaire ayant été détruit par le bombardement atomique du 6 août 1945.

Aujourd'hui, le Hiroshima Gokoku-jinja est un lieu de culte très fréquenté par les habitants de la ville. De nombreux visiteurs s'y rendent lors du Hatsumōde (初詣), la première visite au sanctuaire de l'année. On y trouve également plusieurs cérémonies traditionnelles tout au long de l'année, ainsi que des bénédictions pour les examens, la réussite professionnelle ou la sécurité routière.

Pour un visiteur de Hiroshima-jō, le sanctuaire apporte un contraste intéressant avec les fortifications et les bâtiments militaires du château. Son architecture relativement récente s'intègre harmonieusement dans le paysage du parc et rappelle que l'enceinte du château continue aujourd'hui d'avoir une fonction religieuse et communautaire.

À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
À Hiroshima, un château meurtri par la guerre
LES TENSHU ET LES BOMBARDEMENTS DE 1945
Nagoya-jō

Avant la Seconde Guerre mondiale, le Japon comptait encore environ vingt tenshu d’époque féodale (le chiffre exact varie selon les sources : 18, 20, parfois 21 ou 22) conservés dans leur structure d’origine.

Les bombardements américains de 1945, ainsi que les incendies de guerre associés, entraînent la disparition d’une partie importante de ce patrimoine.

On estime qu’environ 7 à 9 tenshu authentiques sont détruits directement ou indirectement entre mars et août 1945, lors des grandes campagnes de bombardements aériens sur les villes japonaises.

Parmi les tenshu concernés, on retrouve notamment :

  • Hiroshima-jō (広島城) – 6 août 1945 (bombe atomique)
  • Nagoya-jō (名古屋城) – 14–19 mai 1945 (bombardements incendiaires)
  • Okayama-jō (岡山城) – juin 1945 (bombardements)
  • Wakayama-jō (和歌山城) – juillet 1945 (bombardements)
  • Fukuyama-jō (福山城) – 8 août 1945 (bombardements)
  • Kokura-jō (小倉城) – été 1945 (endommagé lors des raids, cible initiale de la bombe atomique)
  • Ōgaki-jō (大垣城) – juillet 1945 (bombardements)
  • Gifu-jō (岐阜城) – été 1945 (incendie lié aux attaques aériennes)

Ces destructions, combinées aux démolitions de l’ère Meiji et aux incendies urbains, expliquent qu’il ne subsiste aujourd’hui que 12 tenshu originaux en bois au Japon, classés comme tenshu authentiques (現存12天守).

COMMENT S’Y RENDRE

Depuis la gare de Hiroshima (広島駅), il faut compter une trentaine de minutes de marche pour rejoindre Hiroshima-jō. Les voyageurs les plus pressés peuvent emprunter le tramway jusqu'aux arrêts Kamiyachō-higashi (紙屋町東) ou Kamiyachō-nishi (紙屋町西), situés à une dizaine de minutes à pied du château. Le bus touristique Meipuru-pu dessert également directement les abords du site.

INFOS PRATIQUES

Adresse : 21-1 Motomachi, Naka Ward, Hiroshima, 730-0011, Japon

Horaires de l'enceinte Ninomaru :

  • Ouvert tous les jours de 9 heures à 17h30 (jusqu'à 16h30 d'octobre à mars)
  • Dernière admission 30 minutes avant fermeture
  • Fermeture annuelle du 29 décembre au 02 janvier

Tarif adulte : Gratuit, le tenshu étant fermé au public depuis le 22 mars 2026.
Temps de visite moyen : Comptez environ une heure ou deux, vu que le tenshu est fermé.

Site internet (JP)

SOURCES

hiroshimacastle.jpjapanese-castle.com/enjcastle.infocity.hiroshima.lg.jp

PHOTO DE COUVERTURE

 © Le Japon et moi - 2026

HORS MENTION CONTRAIRE, LES PHOTOS DE CET ARTICLE ONT ÉTÉ PRISES PAR DOMINIQUE POUR LE JAPON ET MOI

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