Le Japon bénéficie d'une réputation de sécurité exemplaire, mais cette image de "pays sans risque" constitue parfois une faille pour les voyageurs. En 2025, la Police nationale japonaise observe une professionnalisation de certaines fraudes, notamment dans les quartiers à forte densité touristique.
Ici, pas de sensationnalisme, pas de putaclic. Je suis moi-même touriste au Japon et je souhaite donc référencer quelques arnaques dont vous pourriez être victime. Ensuite, à vous de voir ce que vous faites de ces infos. Je vous invite à prendre ceci pour ce que c'est : un simple référencement d'arnaques possibles, certaines plus courantes que d'autres, il est vrai.
Dans des secteurs comme Kabukichō (歌舞伎町) à Tōkyō ou Dōtonbori (道頓堀) à Ōsaka, la pratique du racolage est à l'origine de nombreux litiges. Des individus abordent les passants pour leur proposer des tarifs attractifs dans des bars ou des clubs. Le risque majeur réside dans la surfacturation malhonnête, où la facture finale ne correspond en rien aux prix annoncés dans la rue. Cette pratique s'accompagne parfois de l'usage de faux menus : un menu aux prix dérisoires est présenté à l'extérieur ou lors de la commande, tandis qu'un second menu, aux tarifs bien plus élevés, est utilisé pour établir l'addition finale.
Conseil : Les autorités recommandent de ne jamais suivre un rabatteur et de privilégier les établissements ayant une vitrine claire.
Parallèlement, il faut connaître certaines pratiques légales pour ne pas les confondre avec une tentative d'escroquerie. C'est le cas du seki-ryō (席料), qui consiste à payer pour s'asseoir, ou de l'otōshi (お通し). Ce dernier terme désigne un petit apéritif imposé, servi dès l'arrivée du client, qui fait office de frais de table. Dans de nombreux établissements, notamment les izakaya (居酒屋), ce droit d'accès à une table est une norme commerciale. Cette charge est tout à fait légale dès lors qu'elle est affichée à l'entrée ou sur la carte. Il faut noter que ces frais s'appliquent par personne et non par table, et parfois hors taxes. Le litige survient lorsque ces montants sont multipliés de manière abusive ou que des taxes de service imprévues sont ajoutées.
Petite aparté concernant ce type d'établissement. En raison de la barrière de la langue, certains bars de Kabukichō, par exemple, n'acceptent pas les étrangers comme clients. Ne le prenez pas mal. C'est souvent indiqué sur la porte et si cela ne l'est pas, regardez les menus sur les murs ; s'ils ne sont qu'en japonais, il n'est pas dit que l'on vous accepte. Le Japon n'est pas un pays anti-étrangers en soi, mais certains habitants ne prendront pas le risque de se trouver en mauvaise posture vis-à-vis d'une autre personne, ne serait-ce que par politesse.
De même, dans les litiges liés à la surfacturation nocturne, certains établissements malhonnêtes utiliseraient une méthode de pression illégale mais efficace : la confiscation du passeport ou du smartphone. Sous prétexte de vérifier votre identité ou de "faire une copie" pour le dossier, le personnel garde votre document tant que l'addition contestée n'est pas réglée.
Conseil : Bien que la loi japonaise oblige tout visiteur étranger à porter son passeport original sur soi en permanence sous peine de sanctions (article 23 de la Loi sur le contrôle de l'immigration), la prudence est de mise concernant vos autres moyens de paiement. Pour une soirée dans des quartiers comme Kabukichō, privilégiez le transport d'une somme fixe en espèces et laissez votre carte bancaire en sécurité à l'hôtel. Cela évite les retraits forcés sous la pression en cas de litige dans un établissement malhonnête.
Rappelez-vous qu'au Japon, seul un officier de police est habilité à exiger et manipuler votre passeport. Ne le confiez jamais à un civil, même s'il prétend que c'est la règle de l'établissement. En cas de blocage, n'hésitez pas à mentionner que vous allez appeler le 110 (la police) ou le #9110, qui est le numéro de consultation de la police japonaise pour les situations non urgentes (si on a un doute sur une arnaque sans être en danger immédiat).
Une variante subtile du racolage nocturne concerne les Kyabakura (キャバクラ) ou les Girls Bars. Le rabatteur vous promet un tarif fixe très bas pour une heure de présence. Cependant, une fois installé, les hôtesses vous demandent avec insistance si vous acceptez de leur offrir un verre. Ce que le client ignore souvent, c'est que ces boissons sont facturées à des prix exorbitants et qu'elles ne sont pas incluses dans le forfait initial. Entre les taxes de service imprévues et ces consommations offertes, une facture de 3 000 ¥ peut se transformer en une addition de 50 000 ¥ en moins d'une heure.
Au-delà de la simple surfacturation, il existe une variante criminelle beaucoup plus grave pratiquée par certains établissements de Kabukichō ou de Roppongi. Non, ce qui suit n'est pas une légende urbaine, et a fait l'objet d'un avertissment de France Diplomatie. Des rabatteurs, souvent très insistants et s'exprimant parfaitement en anglais, voire en français, vous promettent des forfaits "tout compris" (nomihōdai) à des prix dérisoires. Une fois à l'intérieur, la première boisson servie contient une substance sédative, souvent une forte dose de benzodiazépines, voire du GHB.
Le piège se referme alors : profitant de votre état d'inconscience ou de confusion extrême, le personnel utilise votre carte bancaire pour effectuer des transactions multiples ou vous force, sous la menace de videurs, à retirer des sommes colossales aux distributeurs automatiques (ATM) des konbini voisins.
Certains touristes se réveillent le lendemain dans la rue ou dans leur hôtel, sans aucun souvenir de la soirée, avec un compte bancaire totalement vidé. Les autorités japonaises et les ambassades mettent régulièrement en garde contre ces établissements qui ciblent spécifiquement les étrangers.
Conseil : La règle est toujours la même : ne suivez jamais, sous aucun prétexte, un individu qui vous démarche dans la rue pour boire un verre, même s'il paraît amical ou si l'offre semble imbattable.
Une autre déconvenue, plus subtile, guette les voyageurs attentifs à leur budget dans les zones de flux comme Shinjuku ou autour de la gare de Kyōto. Le midi, de nombreux restaurants proposent des formules lunch très abordables, signalées par une ardoise à l'extérieur. L'arnaque consiste à laisser cette ardoise bien en vue après l'heure limite du service (souvent 14h00 ou 14h30).
Une fois installé, vous commandez le plat vu dehors, mais au moment de l'addition, le prix a doublé. Le restaurateur prétexte alors un oubli de retrait de l'affiche et refuse d'appliquer le tarif promotionnel, arguant que le système informatique est déjà passé en mode "soir". Dans certains cas, le simple fait de régler votre note quelques minutes après l'heure de fin du service suffit à certains établissements peu scrupuleux pour tenter de vous facturer le prix fort.
Conseil : Montrez toujours l'ardoise du doigt en demandant "Lunch menu, okay ?" avant de vous asseoir.
Bien que l'honnêteté soit la norme au Japon, une pratique malveillante appelée short-changing peut survenir dans les zones de forte affluence nocturne ou les marchés très denses. Profitant de la méconnaissance des billets par les voyageurs, certains commerçants ou serveurs rendent délibérément la monnaie sur une coupure inférieure à celle donnée (par exemple, rendre la monnaie sur 1 000 ¥ alors que vous avez tendu un billet de 10 000 ¥).
Conseil : Prenez toujours le temps de bien regarder vos billets avant de les donner et vérifiez votre monnaie avant de quitter le comptoir.
Aux abords des sites touristiques majeurs comme le Sensō-ji (浅草寺) ou le parc d'Ueno (上野), de faux moines bouddhistes sollicitent les passants. Ils remettent souvent un objet (amulette, bracelet) avant de réclamer avec insistance un don "pour le temple". Il existe également une variante utilisant de fausses pétitions : ces individus demandent de signer pour une cause humanitaire ou religieuse avant d'exiger de l'argent, parfois de façon agressive.
Conseil : Ne donnez jamais. Il s'agit d'une escroquerie connue : les véritables membres du clergé japonais ne collectent jamais d'argent ni de signatures de cette manière dans l'espace public.
Il est fréquent de croiser, notamment aux abords des grandes gares comme Shinjuku (新宿) ou Shibuya (渋谷), des personnes (souvent de jeunes étrangers ou des locaux) munies de porte-blocs. Elles sollicitent les passants pour signer des pétitions en faveur de causes humanitaires, de la lutte contre la faim ou de la protection de l'environnement. Une fois la signature obtenue, le ton change : on vous demande avec insistance une contribution financière immédiate, souvent d'un montant fixe (par exemple 1 000 ou 2 000 ¥). Ces collectes ne sont pas officielles et l'argent ne parvient jamais aux organisations citées. Au Japon, les véritables ONG effectuent leurs levées de fonds de manière très encadrée, avec des accréditations visibles et, le plus souvent, sans réclamer d'espèces de main à main dans la rue.
À titre personnel, je pense en avoir été victime cette année à Kyōto. J'étais en train de me détendre près de la rivière Katsura (桂川) lorsque deux jeunes filles sont venues m'interpeller pour "aider les enfants en difficulté". Elles parlaient vite, gesticulaient et montraient leur boite en carton... Je n'avais que quelques pièces sur moi, donc, pour me débarasser d'elles, je leur ai données ce qui trainait, aux alentours de 300 ¥. Elles sont vite parties, certainement arnaquer un autre touriste.
Il est vrai, que sur le coup, on peut parfaitement ne pas comprendre ce qui arrive et donner plus... Cette arnaque repose sur la saturation cognitive. La tactique repose sur une gestuelle excessive, un débit de parole rapide et la présentation de boîtes en carton ou de formulaires volants. L'objectif est de créer un malaise social tel que le visiteur finit par donner de l'argent uniquement pour interrompre l'échange et retrouver sa tranquillité.
Conseil : Si vous vous retrouvez dans cette situation, un "No, thank you" ferme (ou un "Iie, kekkō desu" en japonais) tout en continuant votre chemin est la seule réponse efficace. C'est ce que j'aurais du faire...
Une fraude plus inquiétante émerge avec des individus usurpant l'identité d'officiers de police. Sous couvert d'un contrôle de passeport ou de lutte contre la fausse monnaie, ils demandent à inspecter le portefeuille de la victime pour subtiliser discrètement des billets ou scanner une carte bancaire. Si un véritable policier japonais peut demander à vérifier votre identité, il ne manipule jamais vos espèces et ne demande pas votre code secret.
À cela s'ajoute l'arnaque aux "tickets bleus" liée aux cyclistes, dont j'ai récemment parlée. Depuis la mise en place de sanctions plus strictes pour les infractions à vélo, des fraudeurs abordent les touristes en prétendant qu'ils ont commis une faute (usage du téléphone, circulation du mauvais côté ou non-respect d'un signal "stop"). Ils présentent alors un faux aokippu (青切符) et exigent le paiement immédiat d'une amende en espèces pour "clore le dossier" rapidement.
Conseil : Il faut savoir que si la police utilise effectivement ces contraventions pour les cyclistes, un véritable agent ne vous demandera jamais de régler l'amende en liquide sur le trottoir. Le paiement d'une contravention officielle suit une procédure administrative rigoureuse par voie bancaire ou postale.
Le danger commence parfois dès la sortie de l'avion. Au Japon, cette pratique est connue sous le nom de shirotaku (白タク), littéralement "taxi blanc". Le principe est identique à celui que l'on rencontre malheureusement dans les aéroports français : des individus vous abordent directement dans le terminal en murmurant "Taxi ?" pour vous attirer vers le parking des particuliers, hors des zones de prise en charge officielles.
Tout comme les faux taxis à Paris qui n'ont pas de lumineux réglementaire, les shirotaku utilisent des voitures privées. Au Japon, le code couleur est votre protection : les taxis officiels possèdent obligatoirement une plaque d'immatriculation verte avec des numéros blancs, tandis que les clandestins circulent avec une plaque blanche standard. Ces chauffeurs opèrent principalement à Narita (成田), Haneda (羽田) ou dans les zones nocturnes. Ils jouent sur votre fatigue ou sur la longueur des files d'attente pour vous proposer un trajet "rapide" et soi-disant moins cher.
Le risque est majeur : outre l'absence d'assurance professionnelle, c'est la porte ouverte à une extorsion pure et simple. Sans compteur officiel, le tarif peut être multiplié par dix une fois arrivé à destination. Des cas ont été rapportés où des touristes se sont vu réclamer jusqu'à 100 000 ¥ (environ 600 €) pour un trajet vers le centre-ville.
Conseil : Pour les éviter, ne suivez jamais un individu qui vous démarche dans le terminal. Suivez les panneaux vers les stations de taxis officielles où des agents régulent les départs, ou utilisez des applications reconnues comme GO ou Uber, qui travaillent avec des flottes certifiées.
Dans les zones très fréquentées, méfiez-vous des réseaux Wi-Fi ouverts dont le nom semble officiel (ex: "Free_Public_WiFi_Tokyo"). Des pirates créent des points d'accès factices pour intercepter vos données personnelles, vos mots de passe ou vos informations bancaires via une attaque de type "Man-in-the-Middle". Privilégiez toujours l'utilisation d'un Pocket Wi-Fi ou d'une carte eSIM personnelle.
Conseil : Si vous devez utiliser un réseau public, passez systématiquement par un VPN pour chiffrer votre connexion.
Profitant de la barrière de la langue et de la complexité apparente des interfaces bancaires, des individus proposent leur aide aux touristes semblant hésiter devant un distributeur automatique. Cette arnaque vise particulièrement les ATM des zones très touristiques. L'escroc, souvent très poli et s'exprimant bien en anglais, se propose de naviguer dans les menus pour vous. En réalité, son objectif est de mémoriser votre code confidentiel par-dessus votre épaule ou d'utiliser un dispositif de clonage discret.
Conseil : Rappelez-vous que les distributeurs des konbini (コンビニ), comme ceux de 7-Eleven, disposent tous d'un menu en anglais, voire en français. N'acceptez jamais l'aide d'un inconnu pour manipuler votre carte ou saisir votre code.
C’est une technique particulièrement sournoise qui détourne un geste de courtoisie courant. Devant des monuments célèbres comme le Shibuya crossing (渋谷), un individu peut vous approcher spontanément pour proposer de vous prendre en photo afin que tout votre groupe figure sur l'image. Une fois l'appareil ou le smartphone en main, le ton change : l'individu exige le paiement immédiat d'un "frais de service" pour vous restituer votre bien. Dans les cas les plus graves, il peut simplement s'enfuir avec votre matériel pendant que vous prenez la pose.
Conseil : Pour vos photos de groupe, privilégiez toujours l'aide d'autres touristes ou adressez-vous au personnel officiel du site visité.
Le Japon est célèbre pour cette image de locaux laissant leur portefeuille ou leur dernier smartphone sur une table de café pour réserver leur place. Si cette confiance mutuelle existe encore, elle constitue désormais une faille exploitée par des réseaux de pickpockets de plus en plus actifs dans les zones internationales. En 2025 et 2026, les rapports de police font état d'une hausse des vols à la tire dans les food-courts, les parcs et les enseignes de déstockage comme Don Quijote (ドン・キホーテ).
L'attention des touristes y est souvent détournée par la densité des rayons ou l'effervescence des lieux, ce qui facilite le travail des voleurs. De même, évitez de laisser votre téléphone dépasser de votre poche arrière dans les transports bondés aux heures de pointe. La sécurité exemplaire du pays ne doit pas vous dispenser des règles de vigilance élémentaires : gardez toujours vos objets de valeur sur vous ou sous votre regard direct.
Le nombre total de crimes et délits signalés au Japon a augmenté pour la quatrième année consécutive, atteignant 774 142 cas en 2025 (+4,9 % par rapport à l'année précédente). On dépasse désormais les niveaux pré-pandémie de 2019 (source : Livre blanc 2025).
Si vous avez été victime d'une arnaque ou si vous vous sentez menacé, dirigez-vous immédiatement vers le kōban (交番) le plus proche. Ces petits postes de police de quartier sont présents partout, même dans les zones résidentielles. Les agents y sont habitués à recueillir les signalements. Même si vous ne récupérez pas votre argent, signaler le lieu et le signalement des fraudeurs permet à la police d'augmenter ses patrouilles et de limiter le nombre de victimes.
Les autorités françaises préconisent également de :
Pour une vigilance accrue, le Département de la Police Métropolitaine de Tōkyō (MPD) a développé une application gratuite nommée Digi Police (デジポリス). Bien qu'elle ne soit disponible qu'en japonais, elle constitue une ressource précieuse pour tout voyageur. Sa fonctionnalité principale est une cartographie en temps réel des zones à risques, où sont répertoriés les signalements récents de fraudes, d'importunités et de crimes de rue.
Même sans maîtriser la langue, l'application est utile pour ses fonctions mécaniques de sécurité. Elle intègre un bouton SOS qui déclenche une alarme stridente ou affiche un message d'alerte en plein écran à montrer aux passants en cas de danger immédiat ou de harcèlement dans les transports. Si l'interface peut paraître complexe au premier abord, l'aspect visuel des cartes de chaleur permet de repérer d'un coup d'œil les secteurs où la police appelle à une vigilance renforcée. C'est un complément technologique rassurant pour naviguer dans les quartiers les plus denses de la capitale.
Disponible sur appareil IOS et Android.
Avouez que je vous ai fait peur ? Vous vous dites que le Japon n'est pas aussi "safe" qu'on le dit et que vous risquez d'être arnaqué en permanence. ?
Bien entendu, le Japon est l'un des pays les plus sûrs du monde, je ne cesse de le répéter, mais "prévenir vaut mieux que guérir", non ? Voyager au Japon ne veut pas dire ne pas faire attention aux siens, à soi et à ses biens.
blog.gaijinpot.com, abroadinjapan.com, godigit.com, japantoday.com, ippjapan.org/en
Shibuya crossing © Le Japon et moi - 2025
LES IMAGES DE CET ARTICLE, SAUF MENTION CONTRAIRE, ONT ÉTÉ PRISES PAR DOMINIQUE P. POUR ''LE JAPON ET MOI''