L'information peut faire sourire, mais la saison des enchères de fruits de luxe démarre sur les chapeaux de roues au Japon. Une paire de melons de Hokkaidō (北海道) atteint la somme record de 5,8 millions de yens, soit environ 34 200 euros, lors de la toute première vente de l'année au marché de gros de Sapporo (札幌). Ce montant historique dépasse le précédent record de 5 millions de yens établi en 2019.
Ces deux cantaloupes haut de gamme proviennent de la ville de Yūbari (夕張), une localité célèbre dans tout l'archipel pour la qualité exceptionnelle de ses fruits à la chair orange juteuse et particulièrement sucrée. L'acquéreur de ce lot d'exception est l'entreprise Futami Seika (フタミ青果), un grossiste en fruits et légumes basé à Kushiro (釧路). Les melons sont ensuite revendus à la société Keio Store (京王ストア), qui prévoit de les exposer dans l'un de ses supermarchés de Tōkyō (東京) jusqu'à dimanche afin de permettre aux habitants de la capitale de les admirer. Ōkubo Hirokazu (大久保広和), le responsable des ventes de Futami Seika, exprime sa satisfaction après avoir remporté l'enchère et espère que les clients apprécieront ce produit emblématique de l'île du nord.
Au Japon, la première vente aux enchères de la saison, appelée hatsuuri (初売り), revêt une importance symbolique majeure qui dépasse le simple cadre commercial. Ces enchères spectaculaires et les prix vertigineux qui en découlent s'expliquent par la quête du goshūgi-sōba (ご祝儀相場), un prix de célébration censé apporter chance et prospérité pour toute l'année à venir. Les acheteurs, souvent de grands grossistes ou des propriétaires de commerces prestigieux, utilisent sciemment ces offres records comme un outil de communication redoutable.
L'événement bénéficie d'une couverture médiatique nationale immédiate, ce qui permet à l'acquéreur de valoriser son image de marque, de démontrer sa puissance financière et d'attirer l'attention sur l'ensemble de ses produits dès le lancement de la saison. De plus, la culture japonaise accorde une place centrale aux fruits de luxe, perçus comme de véritables œuvres d'art façonnées avec un soin méticuleux par les artisans-agriculteurs. Ces produits d'exception n'ont pas une vocation de consommation quotidienne, mais trouvent leur place sur le marché très codifié des cadeaux de prestige, notamment lors des échanges de présents estivaux appelés ochūgen (お中元).
Selon la coopérative agricole de Yūbari, les agriculteurs locaux prévoient d'expédier cette année 3 086 tonnes de melons pour une valeur totale d'environ 12,5 millions d'euros (2,12 milliards de yens), le pic de la récolte étant attendu pour les mois de juin et juillet.
Les melons Yūbari restent un cadeau de prestige très prisé par les Japonais lors des traditions d'échanges de présents de saison.
Le véritable roi du hatsuuri reste le thon rouge du Nouvel An au marché de Toyosu (豊洲) à Tōkyō. Lors de la première criée du 5 janvier 2026, un spécimen géant de 243 kg capturé au large d'Ōma (大間) a été adjugé pour la somme astronomique de 510,3 millions de yens, soit environ 2,8 millions d'euros. Ce coup d'éclat historique, qui pulvérise le précédent record de 2019 (333,6 millions de yens), a été réalisé par l'entreprise Kiyomura (喜代村), propriétaire de la célèbre chaîne de restaurants Sushizanmai (すしざんまい). Comme le veut la tradition, le patron Kimura Kiyoshi (木村清), surnommé le "roi du thon", a ensuite fait découper ce poisson d'exception dans son restaurant de Tsukiji (築地) pour le servir à ses clients au tarif habituel, acceptant de mettre momentanément ses finances dans le rouge pour s'offrir ce coup de communication mondial.
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Deux melons de qualité supérieure, produits à Yubari (Hokkaido), ont été vendus pour la somme record de 5,8 millions de yens lors de la première vente aux enchères de l'année sur un marché de gros à Sapporo, le 22 mai 2026 © Kyodo