[SP] Last Samurai Standing : La Guerre de Boshin

Le livre d'Imamura Shōgo, paru chez Callidor, dont je vous parle sur cette page, se déroule près de dix ans après la Guerre de Boshin (戊辰戦争), l'un des évènements, avec la Rébellion de Satsum, les plus décisifs du XIXe siècle.

S'étendant de 1868 à 1869, elle marque la fin brutale d'une époque, celle du shōgun et des samurai, après plus de deux cent cinquante ans de domination du clan Tokugawa (徳川). En opposant les forces fidèles au Bakufu (幕府) à l'armée impériale, menée par les puissants domaines de Satsuma et Chōshū, la Guerre de Boshin scelle le retour de l'Empereur Meiji (明治天皇) au pouvoir réel, ouvrant ainsi la voie à la modernisation fulgurante du Japon : la Restauration de Meiji (明治維新). Pour comprendre cet affrontement final, il faut analyser les tensions politiques et la crise identitaire qui rongent le pays dans les années qui précèdent les premiers coups de feu.

Les racines du conflit : crise politique et pression occidentale

Le Japon du milieu du XIXe siècle est un pays en ébullition. Isolé du reste du monde depuis plus de deux siècles par le sakoku (鎖国), il est brutalement tiré de son sommeil par l'arrivée des "vaisseaux noirs" américains en 1853, commandés par le Commodore Matthew Perry. L'obligation de signer des traités inégaux révèle au grand jour la faiblesse du Bakufu et son incapacité à défendre la souveraineté nationale. Le régime Tokugawa est profondément discrédité aux yeux d'une partie grandissante de l'élite.

Face à ce désaveu, deux mouvements politiques majeurs polarisent la nation. D'un côté, les partisans du Kōbu gattai (公武合体), qui prônent une union entre la Cour Impériale et le Bakufu pour maintenir le statu quo. De l'autre, et c'est ce mouvement qui va s'avérer décisif, les partisans du Sonnō jōi (尊王攘夷), dont le slogan "Révérer l'Empereur, Expulser les Barbares" appelle à rendre l'autorité à l'Empereur Meiji, reclus à Kyōto (京都). C'est ce sentiment anti-Tokugawa qui mène à la formation de l'alliance secrète entre le clan Satsuma (薩摩) et le clan Chōshū (長州), appelée l'alliance Satchō (薩長) en 1866. Ces domaines, historiquement opposés aux Tokugawa, s'équipent militairement à l'occidentale, prêts à l'affrontement armé au nom de la restauration impériale.

La carte ci-dessus montre le déroulement de la Guerre de Boshin. Les domaines de Satsuma, Chōshū et Tosa (en rouge) joignent leurs forces pour vaincre l'armée shogunale à la bataille de Toba-Fushimi puis prendre progressivement le contrôle du reste du Japon jusqu'à leur victoire finale à Hokkaidō contre l'amiral Enomoto.

Samurai de Satsuma photographiés par Felice Beato pendant la Guerre de Boshin
L'éclatement : restitution du pouvoir et batailles décisives

La crise latente atteint son point de rupture en 1867. Anticipant un conflit qu'il sait inévitable, le dernier shōgun, Tokugawa Yoshinobu (徳川慶喜), tente une manœuvre politique audacieuse : il remet formellement son autorité politique à l'Empereur Meiji lors du Taisei Hōkan (大政奉還), la "Restauration du Pouvoir Souverain". Cependant, les clans radicaux Satsuma et Chōshū ne se contentent pas de cette demi-mesure. Ils utilisent leur influence grandissante au sein de la Cour Impériale pour déclarer l'abolition pure et simple du shogunat Tokugawa en janvier 1868.

C'est cette destitution qui met le feu aux poudres. Le conflit armé éclate véritablement avec les Batailles de Toba-Fushimi (鳥羽・伏見). Les troupes fidèles au shōgun marchent sur Kyōto, la capitale impériale. Elles sont interceptées par une armée impériale plus petite, mieux équipée, et soutenue par l'étendard impérial. Malgré l'existence d'une mission militaire française chargée de moderniser l'armée du shōgun, la France n'intervient pas en tant qu’État dans le conflit. En revanche, plusieurs de ses officiers, dont Jules Brunet, choisissent de démissionner pour continuer à soutenir les forces pro-Tokugawa à titre personnel.

Suite à la défaite initiale, le shōgun fuit vers Edo (江戸). Une nouvelle bataille dévastatrice est évitée par les négociations entre Saigō Takamori (西郷隆盛) et Katsu Kaishū (勝海舟). Le château d'Edo (江戸城) est remis pacifiquement aux forces impériales en mai 1868, ce qui préserve la ville (la future Tōkyō 東京) et mène à la reddition de Tokugawa Yoshinobu.

Troupes shogunales entraînées par l’armée française, auteur inconnu, 1868
La résistance du nord et l'épilogue tragique

La Guerre de Boshin se déplace vers le nord du Japon, où le ressentiment contre la domination des clans du sud est très fort. De puissants domaines du Tōhoku (東北), menés par l'influent fief d'Aizu (会津), forment l'Ōuetsu Reppan Dōmei (奥羽越列藩同盟), une alliance militaire pour résister.

C'est lors du siège d'Aizuwakamatsu (会津若松) qu'a lieu l'un des épisodes les plus tragiques : celui des Byakkotai (白虎隊). Ces jeunes samurai, à peine adolescents, font le serment de se battre jusqu'à la mort. Croyant leur domaine vaincu, vingt d'entre eux choisissent de commettre seppuku (切腹) collectivement sur la colline d'Iimori. Cet acte incarne la fin d'un idéal samurai face à la marche inéluctable de la modernité.

Le dernier bastion pro-Tokugawa se déplace ensuite sur l'île septentrionale d'Hokkaidō (北海道). Les fidèles du shōgun, menés par l'amiral Enomoto Takeaki (榎本武揚), se retranchent dans la forteresse en étoile de Goryōkaku (五稜郭). Ils y fondent la République d'Ezo (蝦夷共和国). Jules Brunet et plusieurs officiers français participent à l’organisation militaire de ce nouvel État éphémère. La chute de Goryōkaku en juin 1869 marque la fin définitive de la Guerre de Boshin.

Armes à feu de la guerre de Boshin : de haut en bas, un fusil Snider, une carabine Starr et un mousquet
Et après ?

Les huit années entre la fin de la Guerre de Boshin et la Rébellio de Satsuma correspondent à une période de modernisation radicale et de bouleversements sociaux au Japon. Cette période est marquée par les efforts du nouveau gouvernement impérial, mené par l'oligarchie de Meiji, pour transformer le Japon d'une société féodale isolée en une puissance industrielle et militaire moderne, sur le modèle occidental. Notons :

  • L'abolition du système des Han, en 1871
    Les anciens fiefs des Daimyō sont remplacés par des préfectures et les seigneurs deviennent des gouverneurs nommés et payés par l'État, ce qui met fin au système féodal.
  • La conscription Nationale, en 1873
    L'établissement d'une armée nationale basée sur la conscription met fin au monopole militaire des samurai, sapant leur raison d'être traditionnelle.

  • L'abolition des allocations héréditaires
    Les rentes versées aux samurai sont progressivement taxées, puis obligatoirement converties en obligations d'État. Pour beaucoup de samurai, c'était la seule source de revenu, et la perte de ces rentes les appauvrit et les humilie.

  • L'interdiction du port du sabre, en 1876
    Cette mesure est un coup de grâce symbolique et pratique pour le statut du guerrier. Elle provoque un fort mécontentement et plusieurs rébellions locales, qui culminent avec la révolte menée par Saigō Takamori (西郷 隆盛).

On peut y ajouter :

  • La modernisation économique à marche forcée
    Accélération de l'industrialisation, construction de la première ligne de télégraphe, et création d'un système bancaire et financier moderne. L'impôt foncier payé en numéraire permet de financer cette transformation.
  • La réforme de l'éducation
    L'école devient obligatoire, visant à élever le niveau de la population et à promouvoir l'unité nationale et des idéologies comme le Kokutai (國體) (nature unique de la nation japonaise).

En 1877, l'accumulation de ces changements — en particulier l'érosion du statut et des revenus des samurai — pousse Saigō Takamori et ses partisans de Satsuma à la rébellion, qui sera le dernier soulèvement majeur contre le nouveau gouvernement.

SOURCES

katanas-samurai.comthoughtco.comjapanesewiki.comlarevuedhistoiremilitaire.fr

ILLUSTRATION DE COUVERTURE

La bataille d'Ueno en 1868, Yoshimori Utagawa © Wikipedia commons

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